C'est ce qui s'appelle lever un lièvre. Selon les administrateurs MR de Toit&Moi, la Fondation Cornez n'avait pas le droit de retirer son offre pour le rachat du bâtiment occupé par la société de logements à la place du Chapitre à Mons. Alors que cette offre avait été avalisée par le conseil d'administration de Toit&Moi, la Fondation devrait désormais aller jusqu'au bout du rachat ou payer des indemnités.

Pour rappel, le dossier avait fait grand bruit sur fond de discorde entre l'ancien président de Toit&Moi, John Joos, et le PS. En septembre, alors que le conseil d'administration devait se prononcer sur l'offre de rachat soumise par la Fondation Cornez pour 995.000 euros, John Joos avait signalé l'intérêt d'un autre acquéreur potentiel. Ce qui avait passablement irrité ses ex-partenaires socialistes: le bâtiment était en vente depuis plusieurs années et n'avait pas suscité de grand engouement jusque-là. Malgré les divergences, l'offre avait été acceptée par la majorité du conseil d'administration. Mais quelques jours plus tard, la Fondation Cornez, fondation d'utilité publique présidée par le gouverneur du Hainaut, annonçait retirer son offre. Une démarche illégale, selon les administrateurs MR de Toit&Moi!

Mathieu Veltri, Bernard Pinchart et Hervé Jacquemin s'en réfèrent à l'article 1583 du Code civil. Il énonce que la vente "est parfaite entre les parties, et la propriété est acquise de droit à l'acheteur à l'égard du vendeur, dès qu'on est convenu de la chose et du prix, quoique la chose n'ait pas encore été livrée ni le prix payé."

Les trois administrateurs MR regrettent que le conseil d'administration ait accepté l'unique offre de la Fondation Cornez en septembre, écartant toute autre proposition possible. D'autant plus que Toit&Moi n'était pas tenu par des délais, l'offre de la Fondation Cornez étant ferme. Mais à présent, les libéraux souhaitent que le dossier aboutisse. Il n'y plus d'autres candidats à l'horizon et la crise du coronavirus ne devrait pas faciliter les choses. Pour éviter que le bâtiment de Toit&Moi reste vide, le personnel étant amené à déménager à Ghlin prochainement, et pour ne pas passer à côté de cette manne de près d'un million d'euros, les administrateurs MR demandent de faire aboutir la "vente parfaite" conclue entre les parties ou d’exiger les indemnités légales y afférentes. Des indemnités qui pourraient s'élever à 10% de l'offre soumise par la Fondation Cornez.

"À la lumière des éléments nouveaux soulevés ces derniers jours, nous regrettons tout d’abord la gouvernance de ce dossier. Nous sommes les garants de la bonne gestion de la société. Les problèmes internes au Parti Socialiste ne peuvent mener à la gabegie de l'argent public, ici sous la forme de la perte du bénéfice de la vente et du risque de devoir supporter pour longtemps les charges d’un immeuble vide appelé à se dégrader. Il est de notre responsabilité, en tant qu'administrateurs, de prendre toutes les mesures pour préserver le patrimoine de Toit&Moi. Et ce notamment afin de ne pas pénaliser les locataires des logements publics", soutient Hervé Jacquemin.

Nous avons tenté d'avoir une réaction du gouverneur du Hainaut pour savoir quelles suites la Fondation comptait donner à cette vente, mais sans succès.

Pour John Joos à qui des administrateurs PS avaient reproché d'avoir fait capoter la vente, ce nouveau rebondissement prouve bien qu'il n'avait pas commis de faute. "Je le répète, je n’ai fait que mon devoir de président en toute transparence. Par ailleurs, « s’ouvrir à la concurrence » est toujours la meilleure façon de tirer le meilleur prix. Je ne peux que regretter le dérapage fougueux de certains administrateurs PS. Leur attitude a fait fuir les acquéreurs et entrainer la société Toit&moi ainsi que la Fondation Cornez dans des débats qui ne les honorent pas. Tout ça pour ça !", commente l'ancien président de Toit&Moi.