Cela fait sept années que Geoffrey Mahieu vit le rêve américain. D'abord installé en Californie, le Montois de 46 ans a récemment emmené son épouse et ses deux filles en Floride pour déposer ses meubles et ses valises à Tampa. Même s'il est allé pour prendre le pouls de l'atmopshère des élections en ville mardi, c'est surtout depuis son canapé que Geoffrey suit le dénouement du duel entre Donald Trump et Joe Biden. "La télévision est allumée presque non-stop pour suivre les résultats", confie-t-il.

La soirée de mardi a d'ailleurs été très longue pour celui qui exerce le boulot de coach mental. "Quand je suis allé me coucher à 3 heures du matin mardi soir, on annonçait Trump probable vainqueur. J'ai vraiment crû que ça se serait confirmé lorsque je me suis levé mais la tendance s'est inversée. Les sondages annonçaient Biden vainqueur il y a déjà longtemps mais je suis surpris tout de même qu'il passe devant en bout de course (NdlR : à l'heure d'écrire ces lignes, la victoire se profile pour Biden)."

Les deux candidats sont passés en meeting à Tampa, la ville de Geoffrey, dans le courant de la semaine dernière. "Je ne suis pas allé en ville ce jour-là parce que j’étais malade mais j'y suis allé mardi. L’atmosphère était très trumpiste. Et c’est surprenant parce que mon comté a finalement voté en majorité démocrate (NdlR : même si Trump a remporté la Floride avec 51,3%). En fait, je constate que les démocrates se montrent moins que les républicains qui paradent beaucoup plus dehors et s'expriment."

"En Floride, les gens peuvent être armés en rue"

C'est d'ailleurs ce qui inquiète Geoffrey. "Il n'y a pas encore eu d'affrontement mais je pense vraiment qu'il y en aura cette nuit ou demain. Si Trump l'emporte, les pro-Biden et les membres du mouvement Black lives Matter risquent d'exprimer leur colère mais je crois que ça sera pire si c'est Biden qui gagne. Surtout s'il conteste les résultats. Il risque d'y avoir des émeutes en ville. Et le problème avec un état comme la Floride, c'est que les gens ont le droit d'être armés en rue (NdlR : après une formation de quelques heures). Je n'avais en tout cas pas ressenti une telle tension il y a quatre ans, c'est certain."

Le coach mental, qui vient de publier un livre en Belgique sur son aventure américaine, ne s'inquiète pas réellement pour sa situation personnelle puisqu'il réside dans une maison isolée en dehors de la ville. Il préfère d'ailleurs rester en-dehors de cette animosité même s'il aurait aimé pouvoir voter. "Je possède le carte verte donc je jouis des mêmes droits qu'un citoyen américain sauf que je ne dispose pas du droit de vote", explique-t-il. "J’aurais aimé voter. Mais pour qui ? Je ne sais pas. J’ai aimé chez Trump sa gestion de l’économie. Mais je n’aime pas le personnage de Trump. Quant à Biden, ses volontés d'agir pour l'assurance sociale, les soins de santé, la diminution du coût des universités sont très agréables."

Bien qu'Européen et démocrate dans l'âme, Geoffrey reste indécis au moment de désigner un favori. "Si Biden gagne, les taxes vont augmenter et l'économie du pays va être moins bien gérée selon moi. Par contre, on risque d’avoir un meilleur rapprochement avec l’Europe et le reste du monde. En revanche, le fossé avec l’Europe va s'agrandir si Trump gagne. Mais économiquement, je crois que ça serait positif. Je serais d'ailleurs très étonné de la victoire de Biden parce que j’ai toujours pensé que les Américains allaient regarder davantage vers leur portefeuille et que vers le social."