Beaucoup de promeneurs ne voient sans doute qu'un vieux rafiot rouillé posé le long de la berge du canal du Centre à hauteur de Nimy. En réalité, cette vieille péniche, baptisée Les deux Sœurs pourrait être une pièce de musée. "il ne reste en tout et pour tout que 7 bateaux de ce style", nous explique un connaisseur avisé du patrimoine fluvial.

Cette embarcation a été construit en 1912 et est donc centenaire cette année. S'inspirant des narrowboats du réseau des canaux d'exploitation très étroits des houillères anglaises, ce modèle de péniche a été conçu par Jean-Baptiste Vifquain et a été spécialement adapté au canal de Charleroi-Bruxelles, de petit gabarit.

Dénommé "sabot" ou encore "baquet de Charleroi", ce bateau avait une largeur de 2,60 m, une longueur de 19 m et s'enfonçait de 1,80 m. L'exemplaire exposé (abandonné?) à Nimy est devenu propriété du SPW Voie Hydraulique quand la défunte Compagnie du Canal du Centre, qui exploitait touristiquement le canal du Centre historique, a coulé.

Mais par manque de moyens humains, le SPW n'a jamais fait grand cas du bateau. Après l'avoir laissé en cale une dizaine d'années, le service public wallon a remonté le bateau sur la berge en 2017. Et depuis, le navire se détériore, à l'air libre à la merci des éléments, des vandales et des voleurs. "Les plaques émaillées portant le nom du bateau "Les deux Sœurs" ont été volées il y a bien un an et un flanc du bateau a été complètement tagué... A ce jour, j'ai pu me rendre compte sur place que les panneaux d'écoutille menacent de tomber", poursuit notre témoin, qui ne s'épanche pas sur l'état de la coque, rongée par la rouille.

"Beaucoup de promeneurs ignorent l'histoire et la valeur patrimoniale de cet ancêtre des canaux... Et le hic, c'est qu'à défaut de sécuriser le bateau, le SPW laisse porte ouverte aux dégradations en tous genres", déplore-t-il. "La restauration et la valorisation touristique ce bateau iconique du patrimoine fluvial belge serait fortement appréciée."

Mais l'objectif premier du département des Voies hydrauliques est de faire faire fonctionner les écluses et ascenseurs à bateaux, pas de valoriser son petit patrimoine fluvial, Notre amateur de péniches historiques souhaiterait que le SPW "prenne des mesures concrètes très rapidement pour sécuriser et restaurer le bateau", en prenant éventuellement exemple sur la Flandre qui a créé un sous-département "patrimoine fluvial" au sein des services du Patrimoine.

Car ce bateau n'est pas le seul à être en danger : "la dernière mignole (bateau de rivière) encore existante se morfond au chantier naval de Pont-de-Loup (Aiseau-Presles, le long de la Sambre), pour être remis en état." Il y a aussi "le tout dernier bateau métallique non-motorisé, la Benjamine, qui prend l'eau au pied de l'ascenseur hydraulique n°3 du Canal du Centre historique... "
Pour Les deux Sœurs, il y a urgence à prendre des dispositions pour sécuriser ce bateau: "il risque tout prochainement de finir au déchirage si rien n'est fait pour le restaurer."