Depuis le début de la crise, les hôpitaux font face… Comme ils le peuvent, avec les moyens matériels et humains disponibles. Si la sonnette d’alarme a, à maintes reprises été tirée, le gouvernement semble être resté sourd aux doléances légitimes exprimées. À tel point que les quatre hôpitaux de la région – le Centre hospitalier EpiCURA, le CHU Ambroise Paré, le Pôle hospitalier Jolimont et le CHU Tivoli – expriment leur désarroi dans une carte blanche.

"Les hôpitaux belges se dirigent à grande vitesse vers une saturation de leurs capacités. Ceux qui ne travaillent pas dans un hôpital n’imaginent probablement pas ce qui, en pratique, se cache derrière cette expression", écrivent-ils. Précisant qu’un hôpital saturé n’a plus rien d’un hôpital, les signataires dépeignent une réalité qui soulève les cœurs.

"Dans un hôpital saturé, les soignants n’auront plus la possibilité de s’occuper correctement des patients. Si vous avez la malchance d’y être admis, vous ne serez pas certain qu’une infirmière puisse venir immédiatement à votre secours quand vous activerez la sonnette de détresse. Des procédures de sécurité essentielles devront parfois être négligées, ce qui vous exposera à des erreurs de médicaments et à des infections."

Et de poursuivre : "Il faudra parfois renoncer à gérer votre douleur, à faire votre toilette, à vous apporter une panne ou simplement à prendre quelques minutes pour vous réconforter, alors qu’il s’agit de gestes d’humanité fondamentaux. Dans un hôpital saturé, votre temps d’attente aux urgences explosera. Si vous développez un cancer, il ne sera peut-être pas dépisté ou opéré à temps. Si vous souffrez d’une maladie mentale ou d’autres maladies chroniques comme le diabète et l’hypertension, un moins bon suivi vous mettra en danger."

Et alors que les hôpitaux se préparent à une véritable saturation, ce qui attend les patients admis pour cause de covid-19 laisse sans voix. "Dans un hôpital saturé, il n’y aura pas de soins intensifs pour tout le monde. Il faudra attendre qu’un patient décède pour disposer d’un lit de réanimation. Des médecins devront choisir entre deux patients qui auront un besoin vital de ce lit. La capacité des chambres funéraires sera dépassée, ce qui empêchera de maintenir la dignité du traitement des défunts."

À cette situation sans précédent s’ajouteront encore la fatigue et la détresse des équipes, sur le front depuis mars pour la pandémie, mais depuis bien plus longtemps encore. "Discrètement, derrière nos masques, nous pleurerons en assistant au désastre et en nous demandant pourquoi nous ne sommes pas parvenus ensemble à éviter cela. Sans mesures beaucoup plus fortes que celles prises jusqu’à ce jour, les hôpitaux ne s’en sortiront pas". Le cri d’appel est limpide : il faut que chacun mesure la gravité de la situation et observe strictement les mesures permettant de limiter voire de mettre fin à la propagation du virus.