Le soulagement espéré par les professionnels du milieu culturel n’est pas arrivé, ce vendredi, à l’annonce des mesures gouvernementales. Alors que le secteur attendait des mesures fortes et une véritable reprise de l’activité, les espoirs ont été douchés et l’incertitude continue à planer. Au total, lors d’événement culturels organisés en mai, seules 50 personnes pourront être accueillies en extérieur avec masques, distances et places assises.

Une jauge qui ne laisse aucune marge de manœuvre au secteur. "Il est pour ainsi dire impossible de travailler dans ces conditions", explique Salvatore Anzalone, grand patron du théâtre royal de Mons. "Les conditions qui sont imposées vont empêcher de nombreuses structures de rouvrir. Pour que cela reste acceptable, il faudrait que l’on tourne aux alentours des 80-85% des capacités maximales, et on est loin d’y être."

Au théâtre royal de Mons, 1000 places sont disponibles. En juin, en intérieur, les salles pourront être occupées à 75%... Avec un plafond de 200 personnes. "De notre côté, on pourrait accueillir 750 personnes mais on est limité à 200. Cette règle illustre parfaitement l’incohérence des mesures qui sont prises. On nous donne des cacahuètes pour nous calmer, pour éviter que l’on fasse des vagues. Depuis le début, nous respectons toutes les mesures mais est-ce que cela a changé la donne ? Nous n’en avons pas l’impression."

Salvatore Anzalone peine désormais à y croire. "Je me fais une raison, je n'attendais rien avant septembre-octobre. Et pour une reprise à 100%, je mise plutôt sur début 2022. Certains de nos spectacles ont déjà été reportés cinq fois. Avant, on pensait que ça irait mieux et on reportait de trois mois en trois mois. Aujourd’hui, on reporte de six mois, voire d’un an. Nous nous rapprochons à grand pas d’une deuxième saison culturelle blanche… Sans spectacle, sans travail."

Et pourtant, la culture reste indispensable pour changer d’air, s’évader, se vider l’esprit. "Nous sommes fermés depuis un an, les restaurants depuis six mois. Est-ce que les chiffres sont meilleurs ? Je pense que nos dirigeants doivent ouvrir les yeux, se rendre compte que leur stratégie ne fonctionne pas. On nous culpabilise en nous disant que la situation sanitaire ne nous permet pas de reprendre le travail. Mais en quoi pouvons-nous être tenus responsables de la situation ?"

La frustration et la colère sont d’autant plus grandes que l’accueil du public est la spécialité des travailleurs du secteur culturel. "Comment accueille-t-on 1000, 2000, 3000 personnes ? Nos ministres ne le savent pas parce qu’ils ne mettent pas les pieds dans un théâtre à moins d'y être invité, ou parce qu’ils entrent par d’autres portes… C’est pire qu’un manque de confiance : ils nous prennent de haut, et estiment que nous ne sommes pas en mesure de faire notre métier."

Pour le directeur du théâtre, la mise en œuvre de tests dans le secteur de la culture apparait également comme une gifle. " Il n’y a que dans le milieu du spectacle que l’on préconise ces tests avant d’envisager une relance, c’est assez fou. Et pas question de regarder ce qui s’est fait à l’étranger bien sûr… Ils n’y regardent que quand cela les arrange." Des concerts-test ont en effet été organisés à Barcelone, Berlin ou encore Biddinghuizen, aux Pays-Bas, avec des résultats extrêmement convaincants. En Belgique, à ce jour, rien n'a encore été mis en place.