Les tracteurs étaient une nouvelle fois de sortie à Mons où les agriculteurs ont voulu faire entendre leurs revendications. De nombreuses craintes persistent depuis que l’Europe a voté les textes de la future Politique Agricole Commune (PAC) en octobre dernier. C’est maintenant au tour du Gouvernement wallon d’en définir le cadre concret qui devra être appliqué dans la région, au travers du Plan stratégique de la PAC qui doit être remis à la Commission européenne pour la fin de ce mois. Les agriculteurs se sont donc rendus dans plusieurs administrations communales dans l’espoir que leurs revendications soient remontées jusqu’au Gouvernement wallon.

Concrètement, les agriculteurs craignent que l’approvisionnement alimentaire local soit menacé, qu’un accès à l’alimentation à deux vitesses soit mis en place pour leurs concitoyens, un déséquilibre du modèle agricole basé sur l’économie circulaire, un échec de la lutte contre le réchauffement climatique ainsi qu’une disparition de leurs prairies.

"Cette future PAC devrait conduire à une nette réduction de notre capacité de production agricole, et ainsi mettre en péril notre approvisionnement local et notre souveraineté alimentaire, qui sont des enjeux majeurs pour notre société. Ces études soulignent que le risque est présent que nous devenions dépendants des importations pour nourrir notre population", indiquent les agriculteurs. "Si nous devenons dépendants des importations pour notre alimentation, nous prenons le risque de voir se produire ce que nous vivons déjà avec l’énergie aujourd’hui. La hausse des prix liée à cette dépendance, si difficile à assumer pour de très nombreux ménages, nous ne voulons pas la vivre pour notre alimentation. A terme, nous craignons que notre alimentation locale, plus rare, plus qualitative, plus respectueuse de l’environnement et donc plus chère ne soit accessible qu’ aux consommateurs plus aisés."

La bonne dynamique mise en place chez l’ensemble des producteurs locaux risque d’être menacée si le Gouvernement wallon suit à la lettre les textes de la PAC Européenne. "En Wallonie, notre agriculture familiale est basée sur l’équilibre entre les productions végétales et animales. Nos cultures nourrissent nos concitoyens d’une part, et nos animaux par ailleurs soit en direct, soit via l’utilisation des co-produits de l’alimentation humaine", poursuivent les agriculteurs. "En retour, nos animaux produisent, au travers de leurs effluents, un engrais 100% naturel. Si l’élevage est menacé, les prairies le sont aussi, et nous risquons de voir celles-ci être labourées, pour devenir des terres cultivables, ce qui n’est pas souhaitable, car elles libéreraient ainsi les stocks de carbone patiemment accumulés."

Le cabinet du bourgmestre de Mons, et Marie Meunier, Présidente du CPAS et échevine en charge de l’Agriculture, ont reçu ce vendredi une délégation d’agriculteurs. "Durant cet entretien très constructif, les agriculteurs ont pu faire part de leurs craintes, de leurs revendications et des raisons de leur mobilisation massive à travers tout le pays pour préserver leur métier qu'ils estiment menacé par le futur accord européen et sur lequel la Wallonie doit bientôt se positionner", informe la Ville de Mons. "L’objectif de cette rencontre était que l’échelon local puisse relayer auprès du Parlement wallon les doléances des agriculteurs. Doléances que la Ville de Mons partage et rejoint totalement."

"Nous défendons le principe d’une alimentation de qualité disponible en suffisance à un prix juste, à la fois abordable pour le citoyen et garantissant un revenu correct pour les agriculteurs, et ce dans le respect de l’environnement. Nous nous sommes donc engagés aujourd’hui à relayer les craintes des agricultrices et agriculteurs sur la nouvelle Politique Agricole Commune auprès du Gouvernement Wallon", conclut Nicolas Martin.