Comme dix autres personnes isolées, Olivier Dinant loue le studio d'un immeuble situé chemin des Mourdreux à Mons. Mais d'ici cinq mois, tous devront plier bagage.

"Nous avons reçu en décembre un avis d'expulsion du propriétaire qui, sur recommandation de la Région wallonne, souhaite apporter des transformations majeures au bâtiment", explique Olivier Dinant. "C'est un bâtiment qui a été mal conçu. Il y a des problèmes dans le soubassement, avec des remontées cycliques d'eau. L'eau s'accumule, et par capillarité, ça crée des problèmes d'humidité dans tout l'immeuble."

Des problèmes d'humidité qui sont accentués par des problèmes de chaudière. "La chaudière tombe régulièrement en panne. Un chauffagiste qui est déjà venu la réparer m'a expliqué qu'elle n'était pas assez puissante pour alimenter tout l'immeuble. Elle était déjà tombée en panne quinze jours après son installation. Et depuis, régulièrement lorsqu'il y a des gelées, il y a une pièce qui lâche", poursuit Olivier Dinant. "C'est encore le cas depuis près de deux mois et la réparation tarde. Donc il y a des problèmes d'humidité importants qui accentuent les défauts du bâtiment. Chez moi, j'aère beaucoup, mais j'ai tout de même eu des champignons, des courbatures et les livres qui gondolent."

Un autre locataire nous montre une fissure qui s'est creusée à travers le mur de son studio. "Quand c'est allumé chez mon voisin, je vois la lumière", explique-t-il, le bonnet vissé sur la tête. "On doit chauffer de l'eau pour se laver. Cette nuit, malgré ma grosse couette, je n'ai pas bien dormi."

Comme une mauvaise suite de dominos, les problèmes des locataires s'enchaînent et en entraînent d'autres. Ainsi, aux apparents vices de construction et aux soucis d'humidité s'ajoutent des pépins pour le portefeuille. "Nous avons des chauffages d'appoint en attendant la réparation de la chaudière. Mais ça fait plusieurs mois que ça dure et ça va faire exploser les factures d'électricité. J'aère beaucoup et je ne suis pas celui qui consomme le plus", poursuit Olivier Dinant. "Mais d'après les simulations que j'ai effectuées sur le site de Luminus, le supplément devrait tourner entre 150 et 250 euros par mois. Quand on a déjà un loyer de 420 euros pour 18 m2 et qu'on ne roule pas sur l'or, ce n'est pas rien. Qui va payer? Il y a des provisions pour l'eau chaude et le chauffage. Mais nous craignons que le propriétaire éponge les suppléments en allant puiser dans la garantie locative."

Les locataires ne savent plus vers quel saint se tourner. "Entre la Ville de Mons, la Région wallonne et le propriétaire, tout le monde se renvoie la balle. On nous dit de faire appel à un avocat. Encore faut-il en avoir les moyens. De plus, déménager, cela représente aussi un certain coût", souligne Olivier Dinant, craignant réellement de se retrouver à la rue. La peur est partagée par son voisin, Georges Chainniaux, le plus ancien locataire de l'immeuble. Il nous fait faire le tour du propriétaire: des finitions qui ne sont pas terminées parce que l'ouvrier n'était plus payé, un embout qui manque sur une lance d'incendie, une fenêtre de sécurité qui ne s'ouvre pas… "J'ai 70 ans, je suis diabétique et j'ai été opéré trois fois en peu de temps", explique Georges Chainniaux. "Longtemps, j'ai joué l'homme à tout faire dans l'immeuble. Mais ça suit rarement du côté du propriétaire."

Assurément, les différentes parties ne sont pas sur la même longueur d'onde. "Le problème de chaudière a immédiatement été signalé au fabricant, mais je ne peux pas aller plus vite que le réparateur", explique le propriétaire de l'immeuble. "J'ai fourni des chauffages d'appoint. Nous verrons bien le moment venu sur les factures d'électricité s'il y a surconsommation. Je suis prêt à intervenir pour ceux qui paient leur loyer. Mais ce n'est pas le cas de la moitié des locataires."

Et le propriétaire de nous confirmer qu'il entend modifier l'immeuble pour y créer des appartements plus spacieux ou des logements estudiantins. "Je souhaite en tout cas de plus grands espaces que ces studios pour avoir une autre clientèle." Une clientèle qui risque bien de se trouver le bec dans l'eau au chemin des Mourdreux. "Une fois dehors, j'hésite. Ce sera le porche de Sainte-Waudru ou celui de l'Hôtel de Ville", philosophe Olivier Dinant en guise de conclusion…