Mons

Le narcissique décrit par les experts s'est écroulé dans son box, en pleurant.

La cour d'assises du Hainaut auditionne, mercredi matin, les témoins de moralité de Jean-Gabriel Matterne, accusé d'avoir assassiné sa maîtresse brésilienne, enceinte, le 8 mai 2017. Il a suffi d'entendre trois témoins, ses amis proches, pour faire craquer celui qui a été décrit comme narcissique par les experts. Aucun ne s'attendait à ce que leur copain d'enfance puisse droguer Tay Cruz, l'étrangler et la jeter dans un fossé en pleine campagne à Brunehaut, avant de bouter le feu au cadavre. Pour tous, ce fut un coup de massue.

Après l'audition de trois témoins, mercredi matin devant la cour d'assises, le président Jonckeere a interrogé l'accusé qui, au départ, cherchait un "plan cul" sur internet. Ce plan avec Tay Cruz, assassiné le 8 mai 2017 à Bléharies, est devenu une histoire de sentiments. La victime étant enceinte de ses œuvres, deux mois après leur rencontre. L'accusé a déclaré que son mobile était une trahison de Tay, qui continuait à se prostituer alors qu'elle était enceinte de lui. Lors de l'enquête, il a aussi déclaré qu'il avait tué Tay pour protéger sa famille car elle menaçait de tout balancer à sa compagne.

Après l'audition de membres de son cercle d'amis, l'accusé a été submergé par l'émotion. "J'ai trahi tous les gens que j'aime, j'ai détruit deux familles, déçu mes amis. J'ai fait du mal à tout le monde et c'est ma responsabilité. Voir ces gens souffrir à cause de moi, c'est ça le plus dur". Le narcissique décrit par les experts s'écroule dans son box, il pleure.

Un premier témoin, ami de l'accusé depuis plus de trente ans, ne le trouve pas "bling bling" et estime que son ami ne manque pas d'empathie, comme l'ont déclaré les experts en santé mentale. "Cette affaire m'a plus qu'étonné, je ne m'y attendais pas du tout. C'est inexplicable, cela ne cadre pas du tout avec sa personnalité". Le témoin rend parfois visite à son ami en prison.

Un second témoin, autre membre du groupe des anciens de l'Athénée de Mons, parle de l'accusé comme "un ami agréable" qu'il rencontrait deux à trois fois par an. Lui aussi a été surpris d'apprendre que son ami avait assassiné sa maîtresse brésilienne, le 8 mai 2017. "Son couple paraissait normal. Lui était plus grande gueule, sa compagne était plus discrète". Ce témoin pense que son ami a été pris dans une histoire où il ne maîtrisait plus rien. L'accusé n'a jamais parlé de sa double vie avec son cercle d'amis, "il ne se confiait pas beaucoup sur sa vie privée".

Un troisième témoin, une femme cette fois, a fait toutes ses études avec Jean-Gabriel. Elle fut élève de la maman de l'accusé. "C'était un professeur carré, rigide, sévère qui voulait que tout le monde se tienne correctement dans la classe. Dire que cela a eu une influence sur la vie de son fils, je ne sais pas. Parfois, j'ai eu le sentiment que Jean-Gabriel voulait donner un coup-de-pied dans la fourmilière".

Dans sa déclaration à la police, elle a dit que l'accusé, alors mineur, avait emprunté la voiture de sa mère. C'était une sorte de rébellion à l'égard de sa maman. Elle nuance sa déclaration dans laquelle elle affirme que son ami était intéressé par les belles choses, son image, etc. "Son couple semblait uni mais j'ai eu un doute car j'ai vu, un jour, sur les réseaux sociaux, qu'il likait une photo d'une jeune femme. Je me demandais d'où il pouvait la connaître". Pour elle aussi, l'arrestation de l'accusé fut un coup de massue.

Même chose pour un autre témoin entendu après les larmes de l'accusé. "D'un point de vue social et matériel, sa vie était réussie", raconte le témoin qui se souvient de la Jaguar de l'accusé et du récit de ses voyages aux quatre coins du monde. Le témoin dit être en colère contre celui qui reste son ami. L'accusé lui a présenté ses excuses. Depuis le 22 mai 2017, Jean-Gabriel Matterne séjourne à la prison de Nivelles.