Mons

Assises Hainaut - Jean-Gabriel Matterne "surtout capable de lâcheté" (accusation)


Ingrid Godart, avocat général devant la cour d'assises du Hainaut, a requis mercredi la culpabilité de Jean-Gabriel Matterne, accusé d'avoir assassiné Tay Cruz, sa maîtresse brésilienne enceinte, le 8 mai 2017 à Bléharies. Pour l'accusation, l'intention d'homicide et la circonstance aggravante de préméditation sont clairement établies. Pour l'avocat général, l'accusé est surtout capable de lâcheté avant d'être coupable d'assassinat. La tâche de l'accusation est simplifiée car l'accusé avoue avoir tué Tay Cruz dans sa voiture, par strangulation, avant de jeter son cadavre dans un fossé et de l'incendier. L'enquête a permis de déterminer que l'enfant que la Brésilienne portait était bien le fils de Jean-Gabriel Matterne, responsable de ses actes.

Pour l'accusation, la question de l'avortement n'a jamais été évoquée par l'accusé. Cependant, Tay a fait des recherches sur internet sur la question, dès le mois de février 2017. En mars, l'accusé signait un bail pour un appartement situé le long de l'avenue Winston Churchill à Uccle pour sa maîtresse. Tout semblait aller mieux pour le couple illégitime, bien que Tay poursuivait ses activités de prostitution.

En avril, l'ambiance s'est détériorée. Tay avait écrit des messages plus sombres. Jean-Gabriel participait moins aux charges, alors que sa situation financière n'était pas florissante, ce qui engendrait chez lui du stress. "L'accusé a expliqué que les discussions étaient vives et il s'est senti pris dans un piège". Selon lui, Tay était prête faire éclater sa cellule familiale. Au même moment, il a découvert qu'elle se prostituait encore.

L'avocat général ne voit pas de lien direct entre le sentiment d'avoir été trompé par Tay et les faits. "Je crois que M. Matterne a surtout été coupable d'avoir été lâche, d'avoir laissé évoluer une situation qu'il n'a pas voulu prendre en mains. Il a été embarqué dans ces idées de menaces de la part de Tay Cruz alors que rien ne démontre qu'elle allait menacer les siens. Il n'a pas géré cette situation et a estimé qu'il n'avait pas d'autre solution que de commettre les faits".

Dès le mois d'avril, il a ruminé les faits, se montrant plus distant de sa maîtresse. Le 8 mai, il a quitté sa maison vers 6h30, en embarquant un bidon d'essence, un câble électrique, en laissant son GSM éteint chez lui. Il a apporté du jus d'orange dans lequel il a dilué des somnifères. Il a eu l'idée d'emmener la clandestine en France mais, sans s'en rendre compte, il a traversé la frontière et s'est retrouvé en Belgique. C'est au milieu de la campagne, à Bléharies, qu'il décide de tuer Tay par strangulation, avant de balancer son corps dans un fossé et d'y bouter le feu. Le lendemain, le 9 mai, il est allé payer le loyer de l'appartement d'Uccle au propriétaire. "C'est du cynisme !", commente l'avocat général.

Pour l'accusation, l'intention d'homicide est clairement établie compte tenu de la force exercée pour étrangler Tay, inconsciente, avec un câble électrique. "En mettant le feu à son corps, il l'empêchait de la moindre chance de survie et il tuait l'enfant qu'elle portait. En une seule fois, il a mis fin à deux vies".

Quant à la préméditation, elle ne fait aucun doute. "C'est un véritable piège qu'il a tendu à la victime ce jour-là".