Mons Antoine Mouton, qui avait abattu le jeune homme de 13 balles, plaide la provocation

Le 21 mai 2015, le corps de Karim Oualyad (26 ans) était retrouvé sur la place de Seneffe, transpercé de 13 balles dont 5 létales. Rapidement, les soupçons s’étaient portés sur Antoine Mouton, un jeune de 19 ans bien connu des services de police à l’instar de la victime. Lors de son premier interrogatoire, ce dernier avait donné une version laissant entendre qu’il était responsable des tirs, mais qu’il avait pu désarmer Karim Oualyad qui tentait de le carjacker.

Cette théorie n’a pas résisté longtemps aux éléments du dossier. Et à l’audience du tribunal correctionnel de Charleroi devant lequel il comparaissait pour meurtre, Antoine Mouton avait changé son fusil d’épaule. "Karim me terrorisait comme il le faisait avec tous les jeunes de la cité", a expliqué le prévenu. "Quelques jours avant les faits, lors d’une soirée du Cefa, nous avons enfin eu le dessus sur lui, ce qu’il n’a pas du tout apprécié. Je savais qu’il me cherchait dans Seneffe et qu’il était armé. Il s’en était d’ailleurs vanté. Pour ma part, je me cachais mais ce soir-là, ma copine a absolument voulu venir acheter une pizza sur la place. J’avais une arme constamment sur moi pour me protéger. Quand je l’ai vu sortir d’une voiture et tenter d’ouvrir ma portière, j’ai tiré en croyant qu’il était armé. J’ai paniqué et je suis sorti pour vider mon chargeur."

Pour Me Mayence, qui défend la famille de Karim, la victime a été abattue comme un chien. "Il ne lui a laissé aucune chance et tiré pour le tuer avec une arme qu’il avait à portée de main, chargée jusqu’à la gueule", a plaidé l’avocat. "Le plus scandaleux, c’est la mise en scène mise au point durant sa fuite pour faire passer Karim pour un carjackeur, en forçant des personnes à faire de faux témoignages. Dans ses SMS, il ajoute que dorénavant, ceux qui l’emmerderont auront droit au même sort. C’est loin d’être le comportement d’une personne paniquée."

L’avocat général Lescrenier a, pour sa part, rappelé que tant la victime que le prévenu étaient des hors-la-loi. "Ils ont commis des larcins ensemble. Lorsqu’il était mineur, Antoine Mouton a commis plus de 100 vols au grand dam de ses parents adoptifs. Karim Oualyad était loin d’être un enfant de chœur. Il avait déjà écopé de 4 ans de prison avec sursis et il était de notoriété publique qu’il était armé et violent. Cependant, ce contexte ne justifie pas le meurtre et ne fonde pas des violences graves qui peuvent excuser ce geste. Ce soir-là, la victime arrive sans arme, en t-shirt et en sandales. Et elle est abattue sans sommation", a déclaré le parquet qui requiert 15 ans de prison ferme.

Le conseil d’Antoine Mouton, Me Bouchat a pour sa part reconnu l’intention homicide mais plaidé l’excuse de provocation. "À sa sortie de prison en 2015, mon client a voulu se ranger. Il a trouvé du travail mais cela n’a pas plu à Karim qui s’est lancé à sa recherche. Il y a eu cette bagarre qui l’a mis en rogne et, dans la cité, tout le monde savait qu’il recherchait mon client. Et ce dernier s’est caché. Il avait peur pour sa vie puisqu’on lui avait dit que Karim était armé. La question se pose : pourquoi la victime se dirige-t-elle vers mon client ce soir-là, si ce n’est pour l’agresser ?" Jugement le 9 janvier.