L'impression de s'être fait dérober son enfant: c'est le sentiment qui anime Natacha Delvallée, directrice de RMP, société éditrice de la radio hennuyère Sud Radio, installée dans le piétonnier de Mons. C'est acté: sa radio n'organisera plus le Concert du Doudou, événement qu'elle a créé en 1992, et qui ouvrait les festivités officielles de la ducasse de Mons depuis 1996.

"Nous avons en effet appris que la Ville de Mons avait attribué l’appel d’offre pour l’organisation du concert d’ouverture des festivités de la ducasse à la RTBF", indique Natacha Delvallée.

"Dès son arrivée en 2019, Nicolas Martin (bourgmestre de Mons) a décidé de mettre en concurrence notre concert. Nous avions été consultés et nous avions remporté le marché. Aujourd’hui, il décide d’octroyer un budget de 60 000€ à l’organisateur potentiel en transformant le marché en "concert et diffusion télévisée" mais il ne nous consulte plus."

En effet, alors que la Ville avait procédé par appel d'offres public en 2019 et 2020, elle a opté cette année pour la plus discrète "procédure négociée sans publicité préalable". "Elle a juste envoyé l'appel à candidatures à trois prestataires et nous n'étions pas inclus. Comment aurions-nous pu y répondre?"

En mars dernier, Nicolas Martin expliquait vouloir donner une envergure nationale au concert et aux festivités du doudou, avec un prestataire "capable d'offrir une couverture promotionnelle audiovisuelle à l'échelle de la Belgique francophone." Ce qui excluait Sud Radio, à moins qu'elle ne s'associe à d'autres médias. "En 2020, nous avions présenté une offre en partenariat avec les télévisions locales. Preuve que nous aurions pu prétendre à remporter ce marché. Mais encore une fois, pour le remporter, il aurait fallu être consulté", rétorque Natacha Delvallée.

L'appel d'offres n'a pas suscité un engouement dingue. "Par principe, cette année, aucune autre radio privée n’a répondu à l’appel d’offres car les médias privés essaient de respecter les initiatives de chacun et l’ancrage de Sud Radio dans le Hainaut", poursuit Natacha Delvallée. Un "code d'honneur" que tout le monde ne s'applique pas.

60 000 € de dépenses publiques

Autre élément qui reste en travers de la gorge: les 60 000 € que le collège communal octroie à l'organisateur dans le cadre du marché public, une première. "Nous constatons donc que la ville de Mons donne enfin du budget pour l’organisation et, dans le même temps, nous exclut de ce marché, alors que nous en avons déposé le concept et que nous offrons depuis 30 ans gratuitement le concert et la promotion aux Montoises et Montois."

Pour Natacha Delvallée, éthiquement, cela pose question. "Est-ce normal de faire peser sur le budget de la Ville un montant de 60 000€ alors que ce concert et sa promotion n’ont jamais coûté un seul euro à nos concitoyens quand Sud Radio l’offrait ? Dans ce même ordre d’idée, est-ce logique pour une Ville d’attribuer un marché et un budget à un opérateur public financé par la Fédération Wallonie-Bruxelles au détriment d’une société privée et de proximité ?"

Et d'avoir l'impression que sa radio et son événement-phare ont été victime d'un règlement de compte personnel. "Alors que nous devrions nous sentir soutenus, spécialement à la sortie d’une crise sanitaire et économique sans précédent, nous nous estimons volés et dépossédés d’un investissement majeur que nous avons consenti depuis plus de 30 ans", conclut Natacha Delvallée.

"La Grand-Place de Mons n’appartient pas à Sud Radio"

La Ville de Mons a réagi au mécontentement de Sud Radio. En rappelant le principe suivant: "la Grand-Place de Mons n’appartient pas à Sud Radio. Et le Doudou encore moins." Selon elle, le concert Sud Radio "s'essoufflait depuis de nombreuses année. "L’organisation générale du concert ces dernières années n’était plus à la hauteur de l’importance que revêt notre Ducasse, patrimoine immatériel de l’UNESCO." Bref, dit autrement, le concert Sud Radio faisait trop kermesseaux yeux de la Ville qui estimait que "Mons était en droit d’attendre un événement musical plus qualitatif et plus conforme aux attentes de la population."

Et de rappeler le triple objectif de sa démarche: "respecter la légalité en organisant un marché public, augmenter le rayonnement de Mons et de sa Ducasse dans tout le pays et enfin, disposer d’une tête d’affiche plus connue pour un concert d’envergure." On attend désormais la "tête d’affiche populaire et connue nationalement du grand public" que la RTBF proposera aux Montois. Un poulain de "The Voice"?