Mons

Manu Scordia a été touché par l'histoire de ce Belgo-Marocain, torturé en prison.

Vendredi sort en librairies une bande dessinée consacrée à Ali Aarrass. Ce Belgo-Marocain a été arrêté en Espagne en 2008. Il était accusé de terrorisme, mais son procès a abouti à un non-lieu. Pourtant, en 2010, contre l’avis des Nations unies, l’Espagne accepte d’extrader Ali Aarrass au Maroc où des aveux lui ont été arrachés sous la torture. Depuis, le Belgo-Marocain croupit dans une prison de haute sécurité et subit des traitements humiliants. Ses proches et le comité de soutien qui s’est mis en place ont tenté de faire intervenir la Belgique pour faire libérer Ali Aarrass. En vain.

C’est cette tragique histoire que Manu Scordia a mise en bulle. "C’est un ami du comité de soutien qui m’avait suggéré d’illustrer l’affaire par quelques planches", nous confie l’auteur d’origine montoise. "J’avais entendu vaguement parler de l’histoire d’Ali Aarrass. En m’y plongeant, j’ai trouvé matière à réaliser plus que quelques planches. J’ai été touché par ce qui lui est arrivé. Ce n’est même pas un prisonnier politique enfermé pour ses idées. C’est une personne ordinaire qui a connu une véritable descente aux enfers."

La bande dessinée , sobrement intitulée Ali Aarraas, est préfacée par Alexis Deswaef, président d’honneur de la Ligue des droits humains. Une ligue qui appuie la sortie de l’album, tout comme Amnesty International. L’ONG avait d’ailleurs utilisé la figure d’Ali Aarrass pour illustrer une campagne contre la torture.

5 % des revenus tirés des ventes de cette bande dessinée seront reversés au comité de soutien Free Ali Aarraas. Au-delà de cette aide matérielle, Manu Scordia espère que son album éveillera les consciences. "Je suis à la fois dessinateur et sensible aux injustices. La BD est pour moi une façon de mobiliser les gens", explique le Montois. "C’est d’autant plus nécessaire que le gouvernement belge ne fait rien pour Ali Aarraas, se retranchant derrière le fait qu’il a la double nationalité et qu’il est au Maroc. La sœur d’Ali Aarraas avait d’ailleurs fait condamner l’État belge pour non-assistance consulaire. Le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, était alors parti en appel, puis en cassation. Il a finalement fait passer une loi modifiant le Code consulaire pour régulariser cette situation anormale."

Notons enfin que le Chœur d’Ali Aarraas, un spectacle en soutien au Belgo-Marocain, sera présenté du 23 au 27 avril au Théâtre national.

© D.R.

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