C'est un morceau de patrimoine montois qui a été vendu aux enchères à Bâle, en Suisse. Un livre d'heures (livre liturgique) copié en 1455 en partie à Mons et à Tournai a été mis aux enchères à la galerie Widmer par la maison Beurret & Bailly. Estimé entre 400 000 et 600 000 francs suisses, il a finalement été adjugé à 415 000 francs suisses, soit un peu plus de 404 000 euros.

Les enluminures de ce manuscrit en français et en latin sont l'oeuvre d'un certain Jean Ramont le Jeune, miniaturiste actif à Tournai et à Gand, tandis que les subtiles bordures ont été peintes par le talentueux Jacquemart Pilavaine établi à Mons.

"Dans l’entrelacs végétal qui forme ces dernières se cachent quelques animaux … dont l’un ou l’autre dragon", remarque le Cercle Archéologique de Mons, qui a signalé cette vente aux enchères. "Bien que ce manuscrit soit contemporain de la plus ancienne attestation du "Lumeçon" (1441), n’y voyez aucune allusion à ce jeu médiéval cher aux Montois, mais un simple élément de décoration", précise-t-il encore.

Ce qui ne laisse aucun doute sur l'origine montoise du livre, c'est "la présence de Waudru, Aldegonde, Vincent, Ghislain et Véron dans le calendrier des fêtes chrétiennes qui ouvre le manuscrit." Ce qui reste un mystère par contre, c'est le commanditaire de ce livre, celui-ci étant exempt de toute armoirie.

Mais l’ouvrage, "marqué du sceau du luxe, a de toute évidence circulé dans le milieu aristocratique montois, puis en France puisqu’il hérite, au XVIIe siècle, d’une fantastique reliure française en maroquin olive sur les ais d’origine", décrit la Gazette Drouot, spécialisée dans les ventes aux enchères.

L'ouvrage s'est ensuite retrouvé à Beloeil, dans la bibliothèque du château des princes de Lignes jusqu'en 1967, avant d'être acquis par le marchand Hans Peter Kraus. Ce mercredi matin, il s'est donc trouvé un nouveau propriétaire.

"Bien sûr, d’aucuns regretteront que le Hainaut ne puisse conserver de telles merveilles patrimoniales, fabriquées sur son sol, mais c’est le lot de bien des manuscrits précieux", note le Cercle archéologique montois, qui retient néanmoins un points positif: "hier, ces manuscrits passaient d’une bibliothèque à une autre, d’un coffre à l’autre, dans la discrétion. Aujourd’hui, grâce à la digitalisation et à la diffusion en ligne, quiconque peut désormais admirer depuis son fauteuil quelques éclats de ces féeries."