Des happenings étaient organisés partout dans le pays pour dénoncer le manque d'aides.

"Qui veut le statut d'artiste? Essayez d'attraper la floche. Hop, raté! Pas de statut d'artiste pour vous." Sur la Grand-Place de Mons, un homme passe parmi un groupe d'acteurs du secteur culturel en faisant sautiller une floche que des mains tendues vers le ciel tentent d'attraper en vain. Une manière de dénoncer la condition hasardeuse des artistes.

Ils sont une cinquantaine sur la Grand-Place de Mons, comme dans d'autres villes du pays, pour manifester à leur manière contre le manque d'aides dont souffre le secteur culturel. Chacun s'exprime à sa manière, en chantant, en dansant, en jouant du violon ou en déclamant un texte. Et même en brodant…

"Je suis venue pour montrer que nous sommes toujours là", explique Héloïse Duhot, tout en brodant le mot d'ordre du mouvement sur son tambour, "Still Standing". "Je trouvais que c'était une belle idée de performance et il est temps d'avoir un peu plus de sécurité pour les artistes. On a l'impression que l'art est devenu inutile, mais on ne se rend pas compte qu'on baigne dedans au quotidien."

Pour ces artistes, c'en est trop. La crise du coronavirus a durement touché le secteur culturel. Des contacts prometteurs avaient été pris avec les gouvernements. Un projet de loi visait même à abolir la diminution des allocations de chômage en cas de cumul avec des cachets d'artiste. De quoi offrir un peu d'oxygène durant la crise. Mais le texte a été renvoyé au Conseil d'État à la demande de quatre partis flamands dont la N-Va et le Vlaams Belang, ce qui risque de retarder la bouffée d'air attendue par un secteur en crise.

Jeudi, ils se sont donc donné rendez-vous dans plusieurs villes pour dénoncer une situation qui empire. "Le statut d'artiste est déjà très précaire à la base", confie Logan Lopez Gonzalez, chanteur lyrique qui a l'habitude de se produire dans différents pays. "Avec la crise, c'est encore plus difficile. Nous ne pouvons plus travailler, mais il faut bien encore se nourrir. C'est très compliqué. Il est urgent de mettre en place des solutions et le renvoi au Conseil d'État d'un dossier important pour notre statut est un mauvais signal."

De son côté, le collectif à l'origine de ces happenings et qui rassemble 50 fédérations professionnelles francophones et néerlandophones tire avec vigueur la sonnette d'alarme. "Cette situation est inacceptable, le secteur culturel demande aux responsables politiques qui ont été mandatés pour agir dans leur intérêt et surtout en cas de crise de soutenir majoritairement cette proposition de loi. Les travailleurs du secteur culturel, artistique et événementiel refusent d’être les victimes de jeux partisans qui mettent en péril leur travail et leurs revenus", conclut le collectif.