La solidarité envers les Ukrainiens s’est tout de suite mise en place en Belgique. La guerre marque bien entendu le monde entier et surtout un peuple qui voit tout ce qu’il a bâti être réduit en cendres par les chars russes. Les bénévoles se rendant jusqu’à la frontière ukrainienne restent également marqués par ce qu’ils voient et vivent lors de leur périple humanitaire. C’est le cas de Xavier Molle, qui à quelques heures de son deuxième voyage pour la frontière ukrainienne, livre un témoignage poignant sur ce qu’il a vécu.

"Tout démarre d’une idée, de l’ébauche d’un projet, d’une rencontre entre humains qui rêvent d’un monde meilleur… et la machine se met en route", commence-t-il. "Avec les moyens du bord, on vole à ton secours, Ukraine. Parce que la détresse humaine nous est insupportable. Parce qu’il est des moments où, las de regarder, on sait qu’il faut agir. Mais pour agir, il faut des moyens, il faut des gens et du soutien. Et si nous étions la machine, vous étiez notre moteur. L’un ne va pas sans l’autre. Si l’on a pu se sentir un peu seuls au début, vous avez rapidement fait qu’on soit une armée."

Une fois sur place, l’émotion prend le dessus sur le reste pour Xavier Molle et ses compagnons de voyage qui resteront marqués par cette expérience. "Au camp de Korzcowa, confrontés à cette détresse jamais rencontrée auparavant, nous avons fléchi, juste un instant, un instant seulement. Il n’aurait pu en aller autrement. A croiser tant de regards hagards, perdus, nous l’étions aussi. Jamais nous n’y avions été confrontés. On ne devrait d’ailleurs jamais l'être. Mais la nature inhumaine de certains en pousse d’autres au désespoir. Pourtant nous nous sommes relevés, vite. Il nous fallait être forts pour aider les plus faibles. Et parmi ces milliers de gens qui cherchaient une main tendue, nous en avons agrippés dix", poursuit-il.

"L’affaire n’était pas pour autant gagnée. Face à ces gens qui ont tant perdu, il nous fallait encore convaincre. De notre bonne foi, de notre légitimité, de notre humanité. Comme s’il n’était pas déjà suffisant d’avoir dû tout laisser, il fallait encore qu’ils acceptent de tout quitter pour un ailleurs qui sentait trop l’inconnu. Pour la Belgique qui se veut terre d’accueil, mais que bon nombre d’entre eux seraient bien en peine de pointer du doigt sur un planisphère. Jamais il n’a été question d’abandon. Ce n’était pas à l’ordre du jour. Tant d’énergie dépensée, tant de gens qui croyaient en nous…cette force devait payer. Et au bout de quelques heures, elle paya", relate-t-il.

Après cette première victoire, l’heure était au déchirement de voir des familles séparées et loin de chez-elles. "Mais si ce périple nous ramenait au bercail, il les enlevait au leur ! Quel déchirement de les voir se séparer. La petite Eveline, ou était-ce Caroline ?, m’a embrumé les yeux tant qu’il m’a fallu les dissimuler. Qui étais-je donc pour pleurer ? A sa faiblesse nous devions proposer notre force et notre compassion. Et nous le faisions, nous le lui devions. Le reste, c’est vingt heures sur les routes, un contact parfois difficile et un terrible exil. Puis, au bout de ce long chemin d’éloignement, un accueil sous des cieux moins hostiles. Ils sont maintenant partis, dans de nouvelles familles. Notre tâche est terminée. Mais nous les reverrons, nous nous le sommes promis. Et puis l’aventure ne fait que commencer. Vous nous avez tant aidés, tant soutenus, tant encouragés…que nous ne pouvons en rester là", conclut-il.

Ce jeudi, Xavier Molle partira pour un deuxième voyage humanitaire et compte bien réitérer ces initiatives tant que les finances le permettent.