Décès de Youssef Akantayou, retrouvé à 1100 km de chez lui : un nouvel élément troublant renforce le mystère

La soeur du jeune homme retrouvé brûlé à 1100 kilomètres de chez lui en juin 2015 a reçu des menaces par téléphone, 6 mois exactement après la disparition de son frère.

JVE
Younès Akantayou, la victime
Younès Akantayou, la victime ©Google Streetview/Facebook

Youssef Akantayou, 24 ans, a disparu le 5 juin 2015. Ce jour-là, vers 12 heures, il partait travailler et devait rejoindre son épouse à Seraing. Le signal de son GSM a été interrompu à 12 h 44. Il venait de se marier, de revenir de lune de miel, avait juste acheté une maison, travaillait, était proche de sa famille et de ses amis. On ne lui connaissait pas non plus d’ennemi ni de mauvais penchants. C’est toute une région qui s’est rapidement mobilisée pour tenter de retrouver sa trace. Les tristes nouvelles sont venues de France : Younès a été retrouvé le 8 juin, grièvement brûlé sur 90 % du corps, à quelques mètres de sa voiture, stationnée sur une aire d’autoroute à Narbonne, à 1100 kilomètres de chez lui. Il est décédé quelques heures plus tard à l’hôpital.

L’enquête menée sur place n’a pas permis de mettre en avant une intervention extérieure expliquant le décès. Malgré un élément troublant : Youssef avait ingéré une carte SD avant de perdre la vie. Après 5 ans, l’instruction s’est refermée. Le substitut Seminara évoquait ce vendredi devant le tribunal correctionnel la longue enquête menée afin de comprendre cette disparition : “Elle n’a débouché sur aucune conclusion criminelle. Aucune cause ou intervention extérieure n’a pu être mise en avant. Les causes du décès évoquées sont un suicide par immolation, ou un accident, le véhicule ayant pu prendre feu alors que la victime s’était assoupie.” De nombreuses questions restent toujours sans réponse : pourquoi le signal de son téléphone s’est-il interrompu, pourquoi Youssef a-t-il pris la direction de la France, était-il seul ou menacé par une tierce personne ? L’analyse du véhicule n’a pas permis d’établir a priori une éventuelle défaillance technique, l’analyse des caméras de surveillance des autoroutes n’a rien donné.

Un nouvel élément étrange dans ce dossier explique le fait qu’il ait été évoqué ce vendredi devant le tribunal correctionnel de Namur.

La sœur de Youssef a été victime de harcèlement et de menaces téléphoniques le 5 décembre 2015, soit exactement 6 mois après la disparition du jeune homme. Me Blankoff et Nakad, avocates des 2 sœurs et du papa de Youssef, qui réclament chacun 2 000 euros de dommage moral, ont relaté la nature des propos tenus ce soir-là : “La sœur de Youssef a reçu 5 coups de fil. Lors du premier, une personne s’exprimant en anglais proposait de divulguer des informations relatives à la disparition et au décès de son frère. La même personne a rappelé plusieurs fois, proposant d’abord un rendez-vous à Anvers et demandant à notre cliente de ne pas prévenir la police. Une autre personne, s’exprimant cette fois en Marocain, a alors rappelé, demandant si Youssef n’avait pas laissé un objet à l’attention d’une tierce personne avant sa disparition et menaçant les membres de la famille de mort. On les menaçait de leur faire la même chose qu’à lui

La sœur de Youssef avait enregistré 2 des conversations et noté le numéro d’appel. L’enquête de police a permis d’identifier le prévenu, un habitant de Borgerhout, grâce à l’endroit où il avait acheté la carte SIM qui a servi aux appels. Celui-ci, absent à l’audience et qui avait séjourné tout un temps au Maroc, a expliqué avoir été menacé par un inconnu qui lui a mis une arme sur la tempe et lui a demandé de tenir les propos reproduits ci-dessus à la victime. Des allusions à un trafic de stupéfiants se tenant aux Pays-Bas et à une dette ont été faites, de l’argent a été réclamé. Le substitut Seminara a requis un an de prison et 200 euros d’amende à l’encontre de l’auteur des appels téléphoniques, déjà connu pour des faits de même nature. “Les propos tenus sont plus que désagréables car ils l’ont été à l’égard d’une famille endeuillée, qui se posait des questions sur les circonstances du décès de leur proche. Leur laisser penser que leur fils pouvait être impliqué dans un trafic de stupéfiants ou qu’il est mort suite à un règlement de compte est intolérable.

Le jugement dans ce dossier interviendra le 13 janvier. La famille de Youssef est-elle toujours dans l’expectative, comme l’expliquent les deux avocates. “Les proches ne s’expliquent pas comment ni pourquoi il s’est retrouvé à Narbonne. Ils sont convaincus qu’il y a eu un assassinat que l’on n’a pas pu prouver, malgré le travail fantastique réalisé par la police. Pourquoi aurait-il avalé une carte SD ? Cela n’a pas de sens. Il ne fréquentait pas le monde des stupéfiants. Après tout ce temps, c’est toujours l’incompréhension.”

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