La cour d’assises de Namur a poursuivi mercredi le procès de Luc Nem, 40 ans, qui doit répondre du meurtre de sa compagne, Marielle Tournay, commis à Assesse le 28 novembre 2019.

Les proches de Marielle Tournay se sont succédé à la barre durant la matinée. La victime avait subi des abus sexuels et des attentats à la pudeur de la part de son grand-père paternel à partir de ses 11 ans, mais aussi d’un instituteur durant son enfance. Des faits qui l’ont profondément marquée dans son parcours de vie et qui sont la raison de sa consommation d’alcool . La maman de Marielle Tournay explique : "Elle a gardé de ces faits des blessures qui ne se sont jamais refermées. Une de ses sœurs a aussi été victime des agissements de son grand-père, elle lui a demandé de ne pas nous en parler pour ne pas nous faire de peine." La mère de la victime explique que c’est parce que son ex-mari la laissait souvent seule que sa fille s’est mise à boire. "Elle détestait la solitude. Quand elle a rencontré Luc Nem, il a fait le vide autour d’elle, l’éloignant de sa fille notamment. Comme elle ne pouvait rester seule, elle est restée avec lui, malgré les coups qu’il lui portait." Marielle Tournay avait écrit une lettre à sa mère, dans laquelle elle disait que sa vie était une suite de souffrances.

Les deux sœurs de la victime ont parlé de celle-ci. "Les problèmes vécus dans sa jeunesse avec son grand-père revenaient souvent sur le tapis, elle a très mal vécu le procès. Elle s’en voulait de ne pas avoir pu protéger sa petite sœur qui a vécu les mêmes choses. C’était une grande souffrance. Une fois mariée, son compagnon partait parfois toute la journée et la laissait seule et la solitude ne lui convenait plus. Elle a donc bu davantage. Avec Luc Nem, elle disait souvent qu’elle n’en pouvait plus mais retournait quand même vers lui. C’était un engrenage, avec son emprise, il a fait le vide autour d’elle, l’a éloignée de sa famille, de sa fille, de ses amis. La dernière fois que je l’ai vue, il lui avait cassé le bras, elle était pleine de bleus."

Une amie de Marielle s’est également présentée à la barre. "Elle était pleine de vie, avait un grand coeur, était passionnée par les chevaux. Sa famille était particulière et Marielle était un peu le vilain petit canard, elle était plus ronde, on ne la voyait pas sur les photos. Luc Nem me menaçait et m’insultait quand on se voyait, Marielle était dans le 36e dessous, je ne l’ai jamais vue aussi mal, on savait tous que cela allait se finir comme cela. Marielle savait qu’il n’était pas bon pour elle, mais elle avait des sentiments pour lui, même si parfois elle avait des bleus partout sur le corps." Selon cette proche amie, Luc Nem avait une réelle emprise sur sa compagne. "Il lui faisait du chantage, la menaçait de se suicider pour obtenir ce qu’il voulait, il menaçait de frapper sa propre mère ou leur chien. Il essayait d’éloigner tous ses proches."

L’ex-mari de Marielle Tournay est revenu sur leur séparation : "Suite aux problèmes avec son grand-père, elle avait des hauts et des bas, elle a commencé à boire et ce n’était plus vivable, je n’arrivais plus à l’aider et les sentiments ont disparu. Elle était très courageuse, les chevaux étaient sa grande passion. La rencontre avec Luc Nem a été une catastrophe, une descente aux enfers. La psychologue de ma fille m’a dit que celle-ci était en danger quand elle allait passer du temps avec Nem et sa mère. Il a éloigné Marielle de sa fille. La dernière fois qu’elle l’a vue, elle avait un œil au beurre noir, des coups sur la joue, elle avait le bras cassé et dormait au volant."

La cousine de Marielle Tournay évoque le rire communicatif de celle-ci lorsqu’elles étaient enfants. "Et puis ça c’est éteint. Son père était très dur et lui faisait des remarques sur son poids, ce qui la touchait profondément. Je n’ai jamais pu sentir Luc Nem, il n’inspirait pas confiance. Je me souviens l’avoir, vue, elle avait le nez cassé, la pommette défoncée, il lui avait cassé le bras. Elle espérait pouvoir partir, mais en même temps elle avait peur d’être seule car elle ne supportait pas la solitude."

Un ex-compagnon confie : "Elle buvait pour atténuer une souffrance, utilisait l’alcool pour noyer ses blessures."