L’accusé avait du mal à parler de la situation de son couple à des proches.

Le procès de Didier Beelaert, qui a étranglé sa femme, Patricia Wuidart, le 25 février 2018 à Andenne, a débuté ce lundi devant la Cour d’assises de Namur avec la lecture des actes d’accusation (cf DH de ce 2 décembre)

Arès la lecture de celui-ci, l’avocat de Didier Beelaert, Karl Steinier, a pris la parole. "Vu les aveux immédiats de mon client, les faits sont limpides, il serait maladroit de les contester. Il faut aujourd’hui se poser la question de la non-prise en charge de cet alcoolisme hors-norme et les refus d’aider Didier Beelaert malgré ses appels à l’aide. On n’a pas voulu ou pu lui apporter l’aide nécessaire."

L’accusé a été interrogé par la présidente Annick Jackers. Anticipant les questions de celle-ci, Beelaerts déclare : "J’adorais ma femme, j’ai tout fait pour nous en sortir." Questionné au sujet d’un éventuel divorce, l’accusé confie que "cela lui aurait fait mal au ventre de la laisser dans la rue, sans rien et sans qu’elle soit prise en charge."

Beelaert confie également que, confronté à cette situation, il a notamment pensé au suicide, "à se jeter dans la Meuse." Questionné au sujet de leur quotidien, il affirme que chaque jour, il fouillait leur appartement d’Andenne à la recherche de bouteilles d’alcool qui étaient cachées, et qu’il vidait tous les matins les restes de la veille. "Elle ne disait rien, si ce n’est qu’elle allait aller en rechercher. Ou alors, elle me trait de connard et menaçait parfois de mettre le feu à la maison."

Didier Beelaert a expliqué que tous les jours, il se levait à 6h30 pour aller travailler. Quotidiennement, son épouse lui demandait 20 euros, pour aller s’acheter des bouteilles. "Quand je rentrais vers 16h30, souvent, l’appartement était fermé de l’intérieur, je devais attendre qu’elle se réveille pour pouvoir rentrer chez moi".

Interrogé par la présidente, Beelaert avoue qu’il ne se confiait pas facilement par rapport à la situation. "C’est personnel, je n’en parlais pas à mes collègues, sauf sur la fin. J’en parlais un peu à ma sœur."

Plusieurs fois, Beelaert a contacté la police au sujet de sa situation. Le premier appel date de 2013.En 2017, les appels se sont multipliés. "Je commençais à être à bout mais je ne voulais pas lui faire de mal, alors j’appelais la police et l’ambulance. On me disait que l’on ne pouvait rien faire, je répondais que j’allais finir par la tuer. Je voulais qu’elle soit hospitalisée pour qu’on la prenne en charge, mais à chaque fois, elle signait une décharge pour sortir. En sortant de l’hôpital, elle disait qu’elle ne reboirait plus jamais mais en rentrant à l’appartement, elle se servait déjà du vin."

Quand on demande à Beelaert pourquoi il n’a jamais appelé l’assistante sociale de la police d’Andenne qu’on lui avait donné, il répond simplement : "J’aurais dû." L’accusé regrette également de ne pas avoir entamé plus tôt un suivi psychologique afin de tenter de canaliser la colère qu’il sentait monter en lui lorsque des incidents survenaient avec son épouse. Beelaert admet avoir porté des coups à sa femme. "Elle était devenue incontinente, cela me mettait en colère de devoir nettoyer, je lui ai donné plusieurs fois des claques."

Didier Beelaert a effectué 8 mois et demi de détention préventive. Période durant laquelle il a surtout été épaulé par sa sœur. Il a entamé un suivi psychologique "Cela me fait du bien, j’aurais du le faire avant que cela n’arrive. Aujourd’hui, je vis avec mon oncle. Je cherche du travail mais je suis sur la mutuelle car je viens d’être opéré à la main. Quand je suis occupé, ça va. Mais quand je me mets à réfléchir, le soir, je me repasse cette histoire tous les jours. Je voulais éviter de la tuer. Je voulais la faire sortir de l’alcool. Elle aurait pu mais elle était fort diminuée."

JVE