Celle qui exploitait seule 2 hectares de fruits et légumes en bio a décidé de cesser ses activités au 30 décembre. Elle compte sur ses clients pour rembourser ses crédits

Il y a environ 6 mois Pauline avouait dans une lettre ouverte les difficultés du métier d'agricultrice alors qu'elle s'était jetée à corps perdu dans ce métier ô combien important: faire pousser de bons fruits et des légumes en bio pour nourrir la communauté. Son expérience place un visage sur ce constat que le métier fait depuis des années: il est presque impossible pour un jeune de se lancer.

"La fatigue physique et mentale, les problèmes financiers, les ravageurs dans les cultures, les longs trajets jusque Bruxelles auront eu raison de moi", explique-t-elle aujourd'hui. "Ce choix (autant personnel que financier) a été très difficile à faire mais je ne peux pas continuer à ignorer les appels à l’aide du corps et du mental."

"Je m'appelle Pauline, j'ai bientôt 22 ans. Cette semaine, j'ai signé un contrat de travail. Chouette me direz-vous... Sauf que moi, un travail, j'en ai déjà un... Je suis maraîchère indépendante. J'ai mon exploitation en production de légumes bio sur 2 hectares où je travaille seule. Mon travail, c'est toute ma vie, 70 heures de travail par semaine en saison. Je ne sais pas me verser de salaire avec mon activité agricole et j'ai dû accepter ce travail. Pour faire quoi ? Pour me payer un smartphone ? Pour partir en vacances ? Pour pouvoir sortir avec mes amis ? Non, pour pouvoir payer mes factures professionnelles... ", expliquait-elle en mars dernier.

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"Les conditions agricoles (réglementations, climat, etc) deviennent de plus en plus difficiles et l'image des agriculteurs se dégrade toujours plus. Jamais une semaine sans entendre et voir des propos horribles à notre égard, que ce soit bio ou conventionnel, petite ou grande surface... Je suis loin d'être la seule dans ce cas-là et je fais même partie des "chanceuses" du monde agricole, le maraîchage bio est le pôle agricole avec la meilleure réputation et le meilleur potentiel économique", plaidait celle qui croyait encore en son avenir dans le secteur il y a quelques mois.

"Je pars la tête haute, fière de ce que j’ai pu construire durant ces deux saisons et pleine de bons souvenirs avec des personnes qui, pour certaines, sont devenues comme des membres de ma famille. Je remercie sincèrement les personnes qui ont été présentes pour moi pendant ces deux années, seules elles pourront réellement comprendre cette décision", conclut-elle en demandant à ses clients de ne pas encore déserter la boutique.

"Le magasin de Boneffe restera ouvert les lundis jusqu’au 30 décembre et le samedi uniquement jusqu’au 1er décembre. Je compte sur vous pour me soutenir jusqu’au bout de cette aventure en continuant à venir faire vos courses à Boneffe durant ces prochaines semaines et donc en m’aidant à vider mes stocks de légumes et à rembourser mes crédits."