Considéré comme éteint sur notre territoire, le fadet de la mélique a été observé fin juin au sud de l’Entre-Sambre-et-Meuse. "Le retour de cet individu dans son aire historique de répartition a probablement été favorisé par les températures chaudes des dernières années. L'espèce pourrait se réimplanter durablement en Wallonie à l’avenir", se réjouit Natagora.

La découverte a eu lieu à la fin du mois de juin dans un site au sud de l’Entre-Sambre-et-Meuse. Très vite, l’information documentée par une photo a été validée par des experts puis confirmée grâce aux observations réalisées sur place par des naturalistes avertis. Le fadet de la mélique (Coenonympha glycerion), un petit papillon de jour de la famille des Nymphalidae, vient d’être retrouvé en Belgique après plus de 25 ans d’absence! Cette observation annonce peut-être son retour espéré.

© Raphael Lebrun

Il ferait suite à ceux de deux autres papillons : l’hespérie des potentilles (Pyrgus armoricanus) en 2013 et de l’azuré du trèfle (Cupido argiades) en 2008. Tous deux étaient également considérés comme éteints depuis plusieurs dizaines d’années puis ont fait un retour marqué suivi d’une réimplantation en Belgique.

Au siècle dernier, le fadet de la mélique (fort semblable au fadet commun, une espèce abondante chez nous que l’on peut observer dans de nombreux jardins) se retrouvait encore en Famenne, en Ardenne et en Lorraine, bien qu’il semblait déjà peu commun. Il se trouvait alors en limite nord de son aire de répartition. Il a disparu durant les années 1990 des sites qu’il occupait encore dans le sud de la Lorraine belge. Sa régression s’est matérialisée, comme bien souvent, par une contraction de son aire de répartition débutant sur ses limites extérieures, là où les conditions de vie sont moins adéquates.

© Raphael Lebrun

"Le retour de cette espèce considérée comme éteinte en Belgique est concevable. Ce papillon, non menacé à l’échelle de la France mais repris sur liste rouge dans plusieurs de ses régions, est présent à quelques dizaines de kilomètres seulement de notre frontière. À l’heure actuelle, un seul individu semble avoir été observé chez nous. Difficile donc de dire si l’espèce pourra ou non se réimplanter durablement en Wallonie : il faudra ouvrir l’œil les années qui viennent", précise Hubert Baltus, naturaliste chez Natagora.

Cette observation est malgré tout de bon augure dans une région qui a bénéficié ces 20 dernières années d’importantes restaurations en faveur d’habitats ouverts semi-naturels, fruit du travail de plusieurs acteurs de conservation de la nature tels qu’Ardenne & Gaume, les Cercles des Naturalistes de Belgique, la Région wallonne et Natagora. Inféodé aux milieux herbeux extensifs concernés, comme les prairies maigres de fauche et les pelouses calcaires, le fadet de la mélique affectionne particulièrement la présence de lisières forestières tandis que sa chenille se nourrit de diverses graminées communes.

© Hugues Dufourny

Le retour du fadet de la mélique est fort probablement lié aux fortes chaleurs des dernières années, conséquence des changements climatiques. Il s’agit là d’une des réponses des espèces aux augmentations de température : le décalage progressif de leur aire de répartition vers des latitudes sous lesquelles elles retrouvent leur optimum. En cas de changements globaux, l’enjeu sera de fournir chez nous une capacité d’accueil suffisante pour ces espèceslors de leur progression vers le nord. Natagora y travaille activement.

© Raphael Lebrun