La Socialiste Eliane Tillieux estime que la ville de Namur diabolise le corps des femmes avec le règlement qui consiste à cacher le corps des travailleuses du sexe de 7h à 22h

Le règlement de police complémentaire relatif à l’encadrement des pratiques en vitrine dans les bars à hôtesses. Il devait être voté mardi soir au conseil communal et consistait notamment à imposer aux établissements de cacher le corps des prostituées derrière des stores de 7h à 22h, seuls le visage et les épaules pouvant dépasser.

Une mesure que la chef de groupe PS dans l’opposition qualifie d’hypocrite et choquante. "D’abord, ce règlement diabolise le corps des femmes. Derrière leurs vitrines, ces femmes ne font finalement que se balader en bikini. Je peux vous assurer que les enfants ont vu plus et bien pire que ça sur les plages cet été", commente-t-elle.

Elle dénonce une politique du "deux poids, deux mesures" et épingle d’autres corps de femmes affichés sans crainte, sur les panneaux Decaux notamment. "S’il s’agit, comme évoqué, de protéger les enfants sortant du bus dans une zone peu fréquentée en périphérie, je ferai remarquer qu’en plein cœur de ville, à côté des écoles, on voit d’autres femmes poser lascivement sur des affiches publicitaires pour de la lingerie. Mais là, la majorité CDH/Ecolo/MR n’y voit aucun puisqu’elle en tire bénéfice et a, grâce à ces panneaux, les moyens de proposer la location de vélos en libre-service", dénonce celle qui y voit une atteinte au droit des femmes.

D’autant que la prostitution, "le plus vieux métier du monde", est beaucoup plus risquée lorsqu’elle est cachée. "Les femmes sont alors davantage victimes d’exploitation, d’abus, d’agressions et d’insécurité. Même la police le souligne. Et elle disposait déjà d’outils législatifs en cas d’outrage aux mœurs. Ce qui me fait dire que ce règlement est tout sauf utile", conclut-elle.

En séance de conseil communal ce mardi soir, le même constat d'hypocrisie était dressé par la conseillère Françoise Kinet.


"Concertation bâclée"

3 questions à Eliane Tillieux, cehf du groupe PS au conseil communal de Namur

N’y a-t-il, selon vous, aucune vertu à ce nouveau règlement ?

" Une seule : il est fort heureux que le bourgmestre de Namur n’ait pas décidé d’interdire la prostitution. Mais le Conseil d’État s’était déjà prononcé contre ce type de règlements, l’interdiction aurait été annulée avec un recours. Les riverains se plaignent exactement des mêmes désagréments (sonores, vitesse, bruit) que les night-shop. C'est un simple conflit de voisinage. "

Vous évoquez une concertation bâclée...

" On m’a rapporté que, si des réunions ont eu lieu avec les riverains et avec Espace P..., la 3e incluant les deux ne s’est pas déroulée de manière optimale, certains riverains refusant même de s’asseoir à table avec l’association. "

Ils étaient une petite centaine à avoir signé une pétition en début d’année.

" Parmi les 86, beaucoup n’étaient pas des riverains. Autant je respecte leur droit à s’exprimer et à saisir la Ville, avec leurs inquiétudes, autant je comprends lque la ville les rencontre et tente de les apaiser, autant je m’étonne que les signatures de 88 Namurois aient suffi à changer un règlement de police là où 14 000 Namurois ayant voté non au centre commercial ont été balayés d’un revers de la main. "


Nous reviendrons sur ce dossier complexe dans de prochains articles