Namur

Pour intégrer plus de femmes dans les parlements, ils ont trouvé une parade: les quotas! C'est complètement anti-démocratique et personne n'ose le dire. Pourquoi ne pas imposer un quota représentatif de la population sur les listes et même dans les élus?

Camille Maniscalco, militant du Parti Socialiste de Sambreville, délégué syndical CGSP, a décidé de proposer sa candidature à la présidence de son parti.

S’il se réjouit que les "chantiers des idées" ont permis aux socialistes de retrouver un vrai parti de gauche et si beaucoup de choses ont changé dans son parti, il estime qu’il y a encore, et toujours, du boulot. Sa candidature, dit-il,ne doit pas être considérée comme une opposition à qui que ce soit mais plutôt un cri de détresse. Notamment parce qu’il trouve anormal que pour être président du PS, il faille obligatoirement être membre du comité fédéral du parti qui ne compte que les élus aux Parlements Européen, Fédéral, Régional ou de la Communauté. Des cénacles où les ouvriers sont très peu représentés. "Comment peut-on encore appeler Chambre des Représentants un hémicycle qui comptait encore il y a peu 136 universitaires sur 150 élus ? Concrètement, des pontes qui prennent des décisions pour la base, peut-être même sans les consulter. Si on impose des quotas pour les femmes, pourquoi pas pour des ouvriers ? "

Maniscalco veut donc, par sa candidature, créer notamment le débat au sein de son parti et exiger plus de présence des ouvriers.

A l'appui de sa revendication, il cite Josée MUJICA, Président de l'Huruguay de 2010 à 2015, que l'on qualifiait de Président le plus pauvre du monde : "Pour moi, le travail physique aide à corriger les excès de l'intellectualisme. Sans lui, on a du mal à évaluer le niveau des difficultés auxquelles on va être confronté, dans tout travail que l'on se propose de faire. En fait, les mains sont des outils de la pensée. Les mains pensent..."

Sa lettre aux militants:

Je m'appelle Camille Maniscalco et je suis candidat à la Présidence du Parti Socialiste! Pourquoi pourrais-je prétendre à occuper une telle fonction ? Tout d'abord, avant de répondre à cette question, laissez moi me présenter brièvement.

Je travaille depuis 15 ans comme ouvrier à l'Administration Communale de Sambreville. Avant cela, j'ai travaillé comme employé à la Province de Namur et au service presse du Ministre Taminiaux. Ce changement d'orientation professionnelle a été un véritable choix. Je voulais apprendre à travailler physiquement car j'avais un profond respect pour ces hommes qui aiguisent leurs connaissances par un dur labeur.

Si vous désirez connaître ma vie plus en profondeur, je vous invite à visionner mes vidéos sur la chaîne Youtube qui porte mon nom.

Je suis un militant socialiste depuis plus de 20 ans. J'ai vu évoluer mon parti vers de bonnes et de moins bonnes choses. Dernièrement « Les chantiers des idées » ont permis aux socialistes de retrouver un vrai parti de gauche. Je m'en réjouis. Même si beaucoup de choses ont changé, il y a encore, et toujours, du boulot. Dans une société en constante évolution, il est normal que les idées ne restent pas statiques. L'important pour moi, c'est qu'elles se dirigent le plus possible vers celles défendues par des personnalités comme Paul Pastur, Émile Vandervelde ou encore Jules Destrée.

Mon Camarade Paul Magnette a déclaré il y a quelquesjours : «J'étais convaincu que le projet socialiste est l'idée la plus forte et ambitieuse de notre temps. Je reste profondément convaincu que lutter contre les inégalités, offrir à chacun un accès aux services publics fondamentaux et porter une vision moderne de l'économie est le propre de la social ­démocratie européenne". Il a complètement raison et je partage son point de vue. Je ne me positionne pas du tout en opposant, je n'ai pas les épaules assez larges pour rivaliser avec son expérience et ses compétences. Si je veux me présenter à la présidence du PS, c'est pour lancer un cri de détresse qui n'est entendu par personne ! Je m'explique...

Au Parti Socialiste, pour être Président,il y a 3 conditions:

  • Être membre du PS depuis minimum 5 ans,
  • Être élu par une majorité des membres votants du PS.
  • Être membre à voix délibérative du ComitéFédéral.

La dernière condition me pose problème et est révélatrice de ce que je vais dénoncer plus bas. Qui est membre de ce fameux Comité Fédéral? Les élus PS aux Parlements Européen, Fédéral, Régional et de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Je ne suis élu dans aucun de ces Parlements, mais étant donné que l'on peut demander des dérogations pour être candidat quand on a 80 ans, ou quand on veut cumuler différents mandats et rémunérations, ou pour tout autre motif où une dérogation aide à contourner les statuts, je demande une dérogation, officiellement aux instances du parti, qui me permettrait d'être candidat sans faire partie du ComitéFédéral. Je n'ai pas cette prétention inutilement ou pour faire un effet d'annonce. Ça n'est pas non plus pour montrer du doigt les dérogations mais un fait qui, pour moi, est plus grave et n'inquiète aucun parti démocratique.

Le problème qui m'occupe dans cette missive est la composition des parlements et donc, de fait, du Comité Fédéral. Voici un tableau qui reprend la composition, à titre d'exemple, de la Chambre des Représentants en 2011 et en 2017.

Profession des 150 Députés de la Chambre en 2011 et 2017

  • Profession libérale (Avocats, médecins,... ) : 40 et 36
  • Chef d'entreprise, indépendant: 11 et 15
  • Employé: 49 et 56
  • Fonctionnaire: 15 et 17
  • Enseignement: 21 et 16
  • Journaliste: 3 et 2
  • Sans profession: 7 et 7
  • Ouvrier: 4 et 1

En 2017, sur 150 Députés.136 sont universitaires ou titulaires d'un diplôme supérieur. 14 proviennent de l'enseignement secondaire.

Petite précision, vous pouvez constater qu'en 2011 et en 2017, le Soir et la DH mettent dans leurs chiffres 7% sans profession, mais ne précisent pas si se sont des demandeurs d'emploi ou des mandataires qui, dès leur sortie d'école se sont lancés en politique et n'ont jamais été que...parlementaire. Ce qui me dépasse, c'est, comment peut-on encore appeler cet hémicycle :«La Chambre des Représentants » ?La population active comprend 40% d'ouvriers et n'est matérialisée qu'à 0,7% au seing de la «Chambre non-représentative»! Les deux médias ont clôturé leur analyse par une phrase qui résume tout: «Un peu beaucoup une sociologie en vase clos...». Concrètement, des pontes qui prennent des décisions pour la base, peut-être même sans la consulter. Cet état de fait est inhérent à tous les partis. Et non, la seule élue prolétaire n'est pas issue du PTB mais du Spa.

Je ne veux pas que cette situation perdure. Je veux que nous trouvions ensemble des solutions pour régler ce problème. Pour intégrer plus de femmes dans les parlements, ils ont trouvé une parade: les quotas! C'est complètement antidémocratique et personne n'ose le dire. Il ne faut pas se mettre l'électorat féminin à dos ! Mais le résultat c'est que des femmes qui ont parfois 10 fois moins de voix que le dernier élu homme, sont bombardées responsables, sans avoir la légitimité de l'être, juste parce qu'il faut un quota d'élus des deux sexes, laissant sur le carreau des candidats masculins choisis par le peuple. Je ne trouve pas honteux de composer des listes complètements mixtes, mais de nier la démocratie et les votants après les élections. Attention, je ne suis pas entrain de faire le misogyne, le cas où une femme plus populaire serait mise sur la touche peut aussi arriver.

Si on trouve normal et juste cette manœuvre, pourquoi ne pas imposer un quota représentatif de la population sur les listes et même dans les élus ? La démocratie est en danger sur bien des points, mais celui-ci peut encore être défendu.

A l'Administration Communale de Sambreville, j'ai été Président d'un syndicat durant des années. J'ai dû lutter avec mes Camarades dans les rues car la consultation avec les syndicats n'était plus d'actualité avec le précédant Gouvernement. Je veux, par le débat démocratique qu'engendre l'élection du Président de notre parti, que les progressistes exigent que cette conciliation soit systématique pour toutes les grandes décisions.

Voilà les deux éléments que je veux défendre en posant ma candidature. Certains trouveront ça amusant ou essayeront de me ridiculiser, mais si j'arrive à changer ça, peu m'importe.Pour LE mouvement de la lutte des classes, ça devrait être une évidence.

Je terminerai en citant Josée MUJICA, Président de l'Huruguay de 2010 à 2015, que l'on qualifiait de Président le plus pauvre du monde. Agriculteur, prisonnier politique, il a su défendre son peuple tout en restant un homme de la terre, un manuel, un ouvrier... : "Pour moi, le travail physique aide à corriger les excès de l'intellectualisme. Sans lui, on a du mal à évaluer le niveau des difficultés auxquelles on va être confronté, dans tout travail que l'on se propose de faire. En fait, les mains sont des outils de la pensée. Les mains pensent..

Signé: Camarade Camille Maniscalco