Kévin Hougardy a failli perdre la vie. Les prévenus ont à nouveau comparu ce matin.

Trois semaines après l’instruction d’audience et les plaidoiries des parties civiles, le tribunal correctionnel de Dinant s’est à nouveau penché sur le dossier impliquant Quentin et Emmanuel Desirotte, poursuivis pour des faits de coups, menaces avec armes et, pour le premier, tentative d’assassinat sur la personne de Kévin Hougardy à la kermesse de Bonsin (Somme-Leuze).

Les faits s’étaient produits en deux temps lors de cette soirée sous chapiteau. Exclus des lieux pour leur implication dans une bagarre, les deux frères sont rentrés chez eux pour revenir sur place trente minutes plus tard. chacun était armé d’un pistolet ; l’un avait l’arme de service de Quentin D. (NdlR : il était policier au moment des faits), un P40 et l’autre un Glock 17.

Sur place, Emmanuel D. a sorti son arme pour jouer avec. Le point rouge du laser a alerté deux hommes qui rentraient chez eux, Kévin Hougardy et Christopher Detraux. Deux hommes qui n’étaient en rien impliqués dans les précédents faits de coups et blessures. Ces deux-ci sont venus à la rencontre des deux frères et leur attitude aurait poussé Quentin D. à également sortir son pistolet. Dans les secondes suivantes, un coup de feu est parti, touchant Kévin H. à l’abdomen. Un coup de feu volontaire selon la victime, involontaire selon le prévenu.

Ce mercredi matin, le parquet de Namur représenté par David Lengrand a requis cinq ans de prison à l’encontre d’Emmanuel D. et sept ans à l’encontre de son frère. Selon le magistrat, la préméditation ne fait aucun doute dans le chef de Quentin D. "Il avait l’intégralité de son ceinturon à disposition. Il aurait pu prendre la matraque et/ou la gazeuse mais ils ont pris deux pistolets, chargés de 15 et 17 cartouches. Il y avait une volonté d’exhiber les armes. Ils ont accepté l’éventualité d’être amenés à les utiliser ainsi que les conséquences. Devant le juge d’instruction, il a d’ailleurs été reconnu que les éventuelles conséquences ont été imaginées." Plusieurs éléments appuieraient par ailleurs l’intention homicide. "Comme la position de l’arme horizontale puis baissée, la distance de tir de 40 cm ou encore le fait qu’ils ont pris la fuite après les faits." Jugement le 18 décembre.

Le débat dans ce dossier tourne principalement autour de la prévention de tentative d’assassinat. Quentin Desirotte a-t-il oui ou non voulu tuer Kévin Hougardy ? “Non”, pour son avocate qui demande l’acquittement et une disqualification en coups et blessures involontaires.

Selon Me Meurice, les deux frères sont revenus sur place pour avoir une explication avec l’auteur des insultes, ce qui a provoqué la première scène avant qu’ils ne soient mis dehors. “À aucun moment en quittant les lieux ils n’ont menacé de revenir, qui plus est armés”, précise-t-elle. Le choix de revenir sur place aurait été fait en l’espace de quelques secondes. “Ils sont rentrés chez eux en estimant avoir été victimes de coups. Choqués et sous l’influence de la boisson, ils n’ont pas pu prendre une décision réfléchie. La rencontre avec Kévin Hougardy et Christopher Detraux qui quittaient les lieux était imprévisible. À trois minutes près, ils ne se croisaient pas et il ne se passait rien.”

Même constat pour l’intention homicide. “L’objectif est d’obtenir la mort et de tout mettre en œuvre pour y arriver. Si mon client avait voulu aller jusqu’au bout des choses, il n’y avait rien sur son chemin pour l’en empêcher. Il n’y a eu qu’un coup de feu, il restait encore 14 cartouches dans le chargeur.”

Une version partagée par Me Gruslin, avocat d’Emmanuel D. qui n’est, lui, pas poursuivi pour la tentative d’assassinat

. “Il a participé au contexte des faits mais il est resté en arrière et n’a pas tiré.”

Une peine de prison avec sursis et une peine de travail ont été demandées au tribunal, qui devra également répondre à l’argument du dépassement du délai raisonnable invoqué par la défense. “Les faits datent de novembre 2014. Pendant trois ans, il ne s’est rien passé car on a attendu un P.-V relatif au dossier photo de la reconstitution…”

S.M