Namur Avec le zéro phyto, le manque d’entretien des tombes prend des proportions qui obligent la Ville de Namur à réagir.

En 2014, un décret wallon a imposé la fin des produits phytosanitaires pour 2019. La Ville de Namur a pris les devants et décidé de passer du minéral (gravier, principalement) aux plantations et a démarré la végétalisation de ses cimetières depuis plusieurs années.

Le problème , c’est que la fin de l’utilisation des produits désherbants et phytosanitaires accélère les nuisances dues au manque d’entretien de certaines tombes, au point de mener à des conflits de voisinage.

"Il n’est pas question de remettre en cause le règlement zéro phyto qui est un bénéfice tant pour l’environnement que la santé des agents communaux", précise d’emblée Thomas Degueldre, chef du service population à Namur et coordinateur des 30 cimetières. Mais il constate qu’en l’état, les situations dégénèrent plus rapidement.

"Avant, quand on pulvérisait les allées ou entre les tombes, cela empêchait la végétation sauvage de pousser aussi sur les tombes. Il y avait juste un peu de lichen visible qui donnait de la patine à certaines tombes moins entretenues, ça se limitait à ça."


Aujourd’hui , il ne faut pas si longtemps pour que des mauvaises herbes se transforment en arbustes puis on constate que des arbres poussent sur les tombes. "Cela pousse, les graines s’essaiment et cela empiète non seulement sur les tombes situées de part et d’autre, mais aussi bien au-delà. Cela peut très vite dégénérer", observe-t-il.

Si certains citoyens estiment que la Ville pourrait entretenir les tombes, ce n’est pas son rôle. Elle n’en a même pas le droit, selon le contrat de concession signé avec les ayants droit de la personne inhumée.

En revanche, elle a le droit de mettre un terme à cette concession avant terme en cas d’absence d’entretien. Cela arrive, mais pas du jour au lendemain. "Il existe des dispositions légales. D’abord, on doit essayer de retrouver les ayants droit, on leur envoie un courrier et on essaye de nouer un dialogue. Puis on doit afficher un avertissement sur la tombe deux Toussaints d’affilée", explique Thomas Degueldre qui gère ce genre de situations avec beaucoup de compassion et de diplomatie. "Les liens se desserrent. Parfois, les ayants droit n’ont même pas connu les personnes défuntes, donc elles ne souhaitent pas s’occuper de leurs tombes", explique-t-il. Concrètement, rien ne peut être décidé avant deux ans… Pendant ce temps, la situation risque de dégénérer encore davantage.

Qu’il s’agisse de manque d’entretien ou de non-renouvellement de concession, les délais sont les mêmes. Ce qui veut dire que la gestion des cimetières doit être prévue avec deux ans d’avance. Un exercice qui demande de la rigueur, d’autant plus que le taux d’occupation ne cesse d’augmenter.

"On ne peut pas prévoir le nombre de décès, mais on se base sur les statistiques des années précédentes. Et on ne fait pas de la place dès que les concessions ont atteint leur terme. On reste humain et on le fait uniquement quand cela devient nécessaire", assure Thomas Degueldre.

Désaturation 6 mois par an

La Région wallonne a pris de nouvelles dispositions en ce qui concerne la désaturation des cimetières. "Lorsqu’une concession est arrivée à terme après avoir bien suivi toutes les dispositions légales, on désature les cimetières. On fait de la place en déplaçant les dépouilles de leur tombe vers l’ossuaire. Chaque cimetière en a un." Les personnes qui s’y trouvent ne sont pas nommées mais on peut continuer à s’y recueillir. Le souci, c’est que le nouveau règlement est tombé en avril et qu’il a interdit ces désaturations de mai à novembre. Ce qui augmente la saturation de certains cimetières. "Ces manipulations sont délicates, on les fait à l’abri des regards, cela prend du temps donc on a été pris de court" , explique Thomas Degueldre, chef du service Population à Namur, qui attend avec impatience l’après Toussaint pour rattraper le retard.

Quelques chiffres

Sur la totalité des défunts qui sont amenés à reposer dans l’un des 30 cimetières du territoire namurois, ils sont 13 % à voir leurs cendres dispersées tandis que 87 % sont inhumés, que ce soit à l’état de corps ou de cendres.

43 % des défunts qui reposent dans les cimetières namurois sont résidents namurois, 57 % sont non résidents, ce qui met en perspective la modification des taxes relatives aux sépultures votées à Namur le mois dernier.

Au 31 décembre 2018, 31 % des concessions sur le territoire namurois étaient de pleine terre, 35 % de caveaux, 10 % de columbarium, 1 % de cavurnes et 23 % de concessions gratuites (pour 5 ans).

Pour l’année 2018, 42 % des personnes dont le décès a été déclaré sur le territoire ont été incinérées. Comme la moyenne wallonne, ce nombre augmente de 1 % chaque année.

"Namur a 30 cimetières et elle ne peut pas en créer davantage. Elle pourrait éventuellement en étendre, mais ce n’est pas nécessaire si on gère bien la situatio", selon Thomas Degueldre, chef du service Population et coordinateur des cimetières