C’est un coup de gueule et Marc Chambeau l’assume. Travailleur dans le social et le culturel, actuellement enseignant en charge de la formation de futurs assistants sociaux, il vient de publier "Restez chez vous", un ensemble de textes relativement courts, écrits durant le confinement. "Pour moi, ce confinement pouvait répondre à une certaine logique mais c’était en même temps quelque chose d’insupportable et très violent par rapport à une série de publics. Quand on a pris la décision de confiner, on a oublié notamment de protéger la santé mentale d’une série de gens. Je ressentais de la colère et avais envie de dire les choses."

Dans son ouvrage, Marc Chambeau présente des moments de la vie de celles et ceux qui ont vécu ce confinement de manière plus compliquée du fait de leur situation psychologique ou sociale. Et il raconte également le vécu de certains professionnels des métiers qui ont été considérés comme plus essentiels durant cette période comme les infirmières, les employées des supermarchés, les travailleurs sociaux.

"La toute grande majorité des textes proposés part de la réalité d’une personne qui parfois se raconte elle-même, parfois est racontée par le narrateur", explique l’auteur. "Les textes exposent de manière assez précise différents quotidiens, mais s’intéressent également aux sentiments et aux regards que les personnages peuvent poser sur ce qui se passe, sur les autres, sur eux-mêmes."

Des textes, comme l’explique Marc Chambeau, qui sont écrits avec un a priori de sympathie et de solidarité pour ces personnes, avec une volonté sous-jacente, mais qui s’est voulue extrêmement discrète de dénoncer les injustices qu’elles ont pu subir durant le confinement, mais précédemment également. "La volonté est que chaque texte pousse à la réflexion sur la situation individuelle racontée, mais aussi sur ce que cette situation peut raconter du fonctionnement social dans lequel nous sommes".

Il faut garder en tête que l’écrivain est avant tout un travailleur social et qu’il y a très certainement un message qu’on pourrait qualifier de politique derrière chacune de ces histoires, "mais la volonté première a surtout été de raconter, de permettre à la lectrice ou au lecteur de prendre du plaisir à découvrir ces gens, de s’intéresser à eux, de manifester de la compréhension ou de l’incompréhension vis-à-vis de leurs attitudes. Certainement de ne pas rester indifférent. L’écriture, le style, les mots utilisés sont donc des éléments très importants de la proposition qui se veut fondamentalement littéraire également."

Nous rejoignons Marc Chambeau quand il explique que "Restez chez vous" doit se lire histoire par histoire. Après chacune d’elles, poser son livre et méditer sur ce qu’on vient de lire. Parce que chacune de celles-ci est touchante. Comme celle de Danièle, 78 ans qui n’a pas l’habitude de rester à ne rien faire. Soixante-quatre ans qu’elle travaille et ce n’est pas fini. Et qui, pour la première fois à cause de l’isolement, commence à manquer de courage.

Ou celle de cette famille de quatre personnes qui vit dans un appartement de quarante m2. Au début du confinement, ça allait bien, chacun y mettait du sien. Mais après…

L’histoire aussi de Marie pour qui ce confinement est un drame. Parce que son mari la cogne. Pendant qu’il était au travail, elle avait un peu de répit. Mais quand elle a appris qu’elle allait devoir vivre non-stop dans leur petit logement, la panique s’est emparée d’elle.

Cet ouvrage ne peut laisser indifférent. Il pousse à la réflexion. Même si tous les personnages ne sont pas réels, qu’il y a une partie romancée, tout part de situations vécues. "Il y a un aspect humain. Politique dans le sens noble du terme. Il y a trop de gens qu’on oublie comme les personnes âgées, ceux qui habitent des HLM, les vendeuses de grands magasins, les étudiants travailleurs,… qui ont été des victimes aussi de ce confinement. Il ne faut pas oublier tous ces gens…" conclut en quelque sorte Marc Chambeau.

Travailleur social ou socioculturel, auteur engagé

Marc Chambeau se considère comme engagé associatif. Il est notamment président de la Fédération des Maisons de Jeunes, administrateur d’une AMO dans l’aide à la jeunesse, membre du bureau du Comité de vigilance en Travail social en réflexion sur l’éthique et la déontologie des travailleurs sociaux et en soutien des professionnels de terrain par rapport à ces problématiques.

Il est également l’auteur d’une série de textes en lien avec le travail social dans une diversité de revues (Travailler le social, Journal du Droit des Jeunes, L’observatoire, Démocratie, Culture et démocratie, Pensée plurielle,...).

Enfin, Il a publié deux livres davantage centrés métier : “Maison de Jeunes et Violences : Quelle est la question ?” et “Pour une glasnost dans l’aide à la jeunesse. La communication des écrits aux familles”.