Le 11 janvier dernier, l’école d’un des 6 enfants d’un couple de Jemeppe-sur-Sambre a averti les autorités judiciaires car ce dernier présentait une importante ecchymose au niveau du visage. L’enquête a permis de démontrer que les enfants étaient régulièrement frappés, ou qu’ils étaient parfois obligés de rester 10 minutes à genoux les bras en l’air en portant des livres. Des problèmes d’hygiène corporelle, d’alimentation ont été mis en avant, tout comme l’état quasi insalubre de l’habitation familiale. Une carabine semi-automatique, une matraque électrique, un taser, un nunchaku et un katana ont par ailleurs été trouvés au domicile des parents, qui reconnaissent les faits mais les relativisent.

Questionné, le père déclarait : "Je ne savais pas que les faire mettre à genoux était considéré comme un traitement inhumain. Mais, oui, je l’ai fait. Je n’ai visiblement pas choisi la bonne méthode." Certains des enfants avaient seulement 5 ans lorsque ces sévices leur étaient infligés. La mère déclare : "J’ai eu cette méthode aussi et on n’a jamais arrêté mes parents."

La négligence dans l’entretien des enfants a également été évoquée devant le tribunal début juillet. "Ils étaient assez grands pour se laver. L’un d’eux souillait volontairement son lit, et puis il ne changeait pas les draps", déclarait la maman. La maison familiale est décrite comme un cloaque. Draps souillés, matelas à même le sol, vêtements moisis, déjections canines au sol, nourriture périmée et en décomposition, monticules de déchets, irritations de la peau faisaient partie du quotidien des petits qui baignaient dans leurs excréments dès le plus jeune âge et mourraient parfois de faim. Une avocate confie : "Cette situation, c’est Zola, cela relève vraiment d’un autre âge."

L’un d’entre eux, que l’on accusait de faire volontairement pipi au lit, a souffert plus que les autres, un des deux enfants que le père a eu avec une autre compagne, toxicomane. A l’école, il était triste, pleurait, a déclaré avoir été étranglé car il avait fait tomber une assiette. A la maison, certaines armoires étaient cadenassées pour ne pas qu’il puisse avoir des bonbons comme les autres. Quand son père le frappait, c’était parfois avec ses bagues, parfois sans, parfois des claques, parfois des coups de poing. Il a déjà été privé d’anniversaire, ou de Saint-Nicolas.

Le ministère public, évoquant un "tableau familial sinistre" réclamait à l’encontre du papa une peine de prison de 12 mois pour attentat à la pudeur sur la mère de certains des enfants, qui n’avait pas 16 ans lorsqu’elle est tombée enceinte, 12 mois pour la détention d’armes prohibées et 4 ans pour les traitements inhumains et dégradants, les coups et la négligence dans l’entretien des mineurs. Une peine de 3 ans est requise contre la mère de famille, sans s’opposer, dans son cas, à un éventuel sursis probatoire.

Les conseils des deux prévenus plaidaient pour ceux-ci des peines assorties de sursis probatoires, estimant qu’ils ont tous les deux "reproduit ce qu’ils ont eux-mêmes connu".

Le jugement est tombé ce jeudi : le tribunal a prononcé une peine de prison de 5 ans assortie d'un sursis de 5 ans et d'une peine complémentaire de 3 mois pour le père et une peine de prison de 37 mois assortie d'un sursis de 5 ans pour la moitié pour la mère.