Ces cas de maltraitance au sein de ce centre, qui forme les futurs para-commandos belges, avaient été révélés le 9 juillet dernier par le journal 'De Morgen'. Il s'agit notamment de coups portés par des instructeurs à des recrues, au quartier ou lors de bivouacs. Le média flamand révélait notamment que des recrues ont, en juillet 2016, été attachées et laissées dans une étable. Le groupe a alors été divisé en deux, les francophones d’un côté, les néerlandophones de l’autre. Les recrues du groupe francophone ont subi des insultes et des coups portés à la tête durant plusieurs heures par leurs instructeurs. Finalement relâchés, les candidats para-commandos ont été autorisés à quitter la ferme et à retrouver le chemin de Marche-les-Dames par leurs propres moyens, sans se faire repérer par leurs instructeurs. Lorsque trois recrues ont malgré tout été interceptées, de nouvelles scènes de violence ont éclaté et attiré l’attention de témoins. L’un des instructeurs a alors sorti son arme afin d’éloigner les curieux. Lorsque la police s’est rendue sur place, l’instructeur a déclaré avoir été menacé au couteau.

Des faits "avérés", deux enquêtes judiciaires déjà terminées

Ils sont tous "avérés", ont admis mardi le patron du Spécial Operations Regiment (SOR, qui chapeaute les unités para-commando et le groupe des forces spéciales), le colonel Tom Bilo, et le responsable de l'enquête au sein de l'Inspectorat général (IG) de la Défense, le lieutenant-colonel Olivier Suy.

M. Goffin (MR) avait ordonné cette enquête le 15 juillet et elle s'est conclue par le dépôt d'un rapport le 24 août.

"Pour tous les faits cités dans l'article du Morgen, on a pu vérifier qu'effectivement ils sont avérés", a souligné le lieutenant-colonel Suy, qui a mené cette enquête interne.

Il a toutefois souligné que la nature "tellement différente" de ces dix "événements" ne révélait pas de "dysfonctionnement structurel" au sein du centre d'entraînement de Marche-les-Dames, une unité qui compte quelque 160 militaires - soit une vingtaine de moins que prévu - sous les ordres actuellement du lieutenant-colonel Stefan Lindelauf.

L'enquêteur a évoqué des "événements ad hoc qui se sont produits sur une période de cinq ans", de 2015 à 2020.

"Pour tous ces incidents, le commandement du centre d'entraînement était au courant" et "a chaque fois communiqué de façon transparente avec la hiérarchie supérieure", c'est-à-dire le quartier général du SOR, a ajouté l'enquêteur. Il a exclu toute intention de "camoufler quoi que ce soit".

Selon lui, deux des dix incidents ne sont pas liés à la formation des candidats para-commandos, dont l'un concernait des membres du 2e bataillon de commandos de Flawinne envoyés en renfort à Marche-les-Dames pour un exercice.

Quatre des dix faits ne donnent pas matière à une suite pénale, a ajouté le lieutenant-colonel Suy.

Les autres cas ont été transmis de manière "adéquate" par le commandement aux autorités judiciaires "qui ont été informées à temps" dans cinq des six cas.

Deux enquêtes judiciaires sont terminées.

Le tribunal correctionnel de Louvain a accordé le mois dernier la suspension du prononcé à un instructeur du centre d'entraînement de commandos qui était poursuivi pour coups et blessures dans une affaire remontant à septembre 2015. Un autre prévenu, également instructeur, a été acquitté. Un troisième a accepté un accord à l'amiable.

L'enquête de l'IG s'est également traduite en cinq recommandations, comme la création d'une cellule de méthodologie au sein de l'unité et la possibilité pour les victimes de rapporter informellement des incidents éventuels au commandement.

Le colonel Bilo a assuré que le SOR avait adopté une "tolérance zéro" face à tout comportement déviant ou tout manque de respect à l'égard de son personnel. "Nous demandons de leur part des instructeurs un respect absolu pour les recrues", a-t-il dit.

"C'est tout à l'honneur de la Défense d'y réagir (à ce type d'événement, ndlr) de manière la plus rapide et la plus transparente possible", a pour sa part affirmé M. Goffin après avoir découvert les différentes facettes des formations dispensées à Marche-les-Dames, dont celles de "snipers".