Leffe et Leff. Au départ, le premier est un village dinantais, tandis que le second est une rivière bretonne. Mais depuis deux mois, ces noms sont également ceux de deux bières appartenant à des brasseries différentes, AB InBev en Belgique et la jeune Brasserie artisanale du Leff en France. C’est vrai qu’objectivement, les deux mots se ressemblent. Dans la phonétique, ils sont totalement identiques. De là à ne pas coexister? C’est l’opinion d’AB InBev.

Celle-ci a envoyé le 13 décembre une mise en demeure à Philippe de Saux, gérant de la jeune Brasserie artisanale du Leff, située en Bretagne. AB InBev, détenteur de Leffe, une des marques brassicoles les plus connues au monde, estime qu’il y va de l’intégrité de sa propriété intellectuelle, comme le rapportait ce mardi le journal régional français Ouest-France.

Le rêve brassicole

Philippe de Saux est natif de Lanleff, une commune bretonne des Côtes d’Armor qui doit son nom à la rivière qui la traverse. "J’ai lancé ma brasserie il y a deux mois. J’ai toujours rêvé de fabriquer de la bière, raconte le Breton, et de l’appeler la Brasserie artisanale du Leff. La brasserie est située à Lanleff, au bord du Leff et je brasse ma bière avec l’eau du Leff. Je pense être dans mon droit."

Amateur de bières belges, ancien tenancier de cafés et d’un restaurant, Philippe de Saux n’ignorait pas la préexistence de la bière blonde belge. Celle-ci a des accroches namuroises car elle tient son nom de l’abbaye Notre-Dame de Leffe, à proximité de Dinant. Bien qu’elle ne soit plus brassée à l’abbaye, la bière en a conservé le nom en échange de contreparties financières, reversées à des œuvres sociales par la communauté de moines de Leffe. "Ce n’est pas ma faute s’il n’y a qu’un e en moins à Leff. Je ne vois pas pourquoi les habitants de la vallée du Leff ne peuvent pas utiliser ce nom? Et pour Dinan, ville bretonne qui n’est pas loin de Lanleff, on fait comment?" raconte Philippe de Saux.

En réalité, le Breton s’étonne qu’une entreprise de la taille de AB InBev entame des procédures contre son petit projet brassicole. "J’ai bientôt 65 ans, ma brasserie fait à peine quarante mètres carré, c’est un petit projet local. Je ne compte pas faire une grande carrière dans le domaine."

Une confusion pour le consommateur

AB InBev, de son côté, regrette cette affaire. Dans le courrier daté du 13 décembre, le brasseur belge avait d’ailleurs proposé une solution à l’amiable: abandonner toute référence au mot Leff dans le nom de la brasserie bretonne. "Le nom Leff pour une bière ressemble fort à notre marque protégée Leffe et il n’y a pas de différence entre les deux dans la prononciation, remarque Aron Wils, porte-parole d’AB InBev, l’existence de deux bières Leff et Leffe créerait de la confusion chez les consommateurs et pourrait les induire en erreur." Le groupe brassicole belge s’étonne également du caractère gothique de la typographie choisie par la brasserie française. Comme un air de ressemblance avec la police utilisée pour la Leffe belge. "Il existe des similitudes visuelles avec notre marque Leffe et une référence évidente à notre bière d’abbaye" continue Aron Wils.

AB InBev ne cache pas son embarras face à cette situation qu’elle aurait préféré éviter. D’autant plus que Philippe de Saux ne compte pas répondre favorablement à la proposition d’abandonner le titre de Brasserie artisanale du Leff. "Je ne compte rien changer, sauf si on m’y oblige" conclut le nouveau brasseur.

InBev va probablement former opposition à l’enregistrement de la société. Ce seront aux autorités administratives françaises de juger s’il y a atteint ou pas à la marque belge et protégée. Santé!