Dinant - Ciney Dix ans après la crise du lait de 2009, les agriculteurs dénoncent les dérives du libre-échange.

En 2009, les agriculteurs déversaient des millions de litres de lait dans un champ près de Ciney pour dénoncer les prix du lait et la passivité des pouvoirs politiques. Dix ans plus tard jour pour jour, le même champ s’est à nouveau transformé en point de ralliement. Des agriculteurs originaires des quatre coins de la Belgique et de l’étranger ont répondu à l’appel des syndicats Fugea et MIG pour exprimer leurs préoccupations quant aux difficultés du monde agricole face au libre-échange.

"À part la création de certaines coopératives, pas grand-chose n’a changé en 10 ans", déplore Michel, agriculteur dans le sud de la Province du Luxembourg. "Le prix du lait est passé de 18 cents à 31 cents le litre. Mais l’augmentation des charges fait que nous restons aujourd’hui sans revenu. Nous arrivons à peine à payer nos factures. Il faudrait que les prix atteignent les 45 cents pour que nous puissions à nouveau bénéficier d’une rémunération."

Tous dénoncent la politique européenne en matière agricole, notamment les grands accords internationaux conclus avec les pays d’Amérique du Nord et d’Amérique latine comme le Ceta et le Mercosur. "Le prix du lait est fixé en fonction du marché mondial", constate Henri, agriculteur à la retraite. "Avec la fin des quotas en 2015, on a voulu nous donner l’impression qu’on pourrait gagner plus en produisant plus. Ce qui s’est traduit par des excédents et une chute des prix."

Beaucoup plaident pour une meilleure régulation du marché. "Si on revenait à une échelle plus locale, on réaliserait qu’on ne produit pas trop", estime Wim, agriculteurs dans la région gantoise. "Et si tous les fermiers pouvaient bénéficier de prix décents, ils pourraient faire une agriculture plus saine encore."

La production laitière n’était pas la seule représentée lundi. Tous les secteurs agricoles s’étaient donné rendez-vous à Ciney. "Pourquoi faire venir d’Amérique du Sud des viandes qui ne respectent pas les normes sanitaires, sociales et environnementales imposées à la Wallonie alors qu’il y a déjà trop de produits en Europe ?", interroge Michel. "Il n’y a que les consommateurs qui ont compris la situation des producteurs. Les politiques européens, eux, sont à la solde des multinationales !"