L’homme qui s’est présenté menottes aux poignets devant le juge Haucquier ce mercredi matin est décrit par sa famille comme un tyran domestique. Un trait de personnalité confirmé par une expertise psychologique. Depuis 25 ans, il ferait vivre un enfer à sa femme qu’il a épousée en Turquie, leur pays d’origine. Ses trois enfants, aujourd’hui âgés entre 14 et 19 ans, ont aussi subi ses violences et ses pressions récurrentes. Des préventions de coups, harcèlement, menaces verbales et par gestes, extorsion et traitements inhumains lui sont reprochées.

En Belgique, les faits ont commencé en 2006, année de leur arrivée. C’est une scène de septembre 2021 qui a mis fin à ce calvaire. Victime de coups, son épouse a trouvé refuge dans une station-service, pieds nus. La machine judiciaire s’est alors mise en route. À la lecture des préventions, l’homme n’a pas reconnu grand-chose. Juste quelques gifles à son épouse et un peu de pression sur ses enfants au sujet de leur scolarité. "Il y a un décalage pharamineux entre vos déclarations et celles des victimes", indique le président du tribunal qui a passé en revue quelques auditions.

Celle du fils est la plus criante. Ce dernier affirme être déjà tombé dans les pommes sous les coups de son père et avoue avoir déjà pensé au suicide. "Mon père ne m’a jamais rien apporté dans la vie", explique-t-il à la police. "Il n’a jamais évolué. Pour lui, la place de la femme est à la maison pour servir les hommes. Il interdit à maman de sortir seule. Il l’étrangle, lui tire les cheveux et lui porte des coups de poing, plusieurs fois par mois. Nous (Ndlr : les enfants), il nous insulte en permanence." Lorsqu’ils tentent de s’interposer, eux aussi sont frappés.

Durant ces nombreuses années, ce père de famille extorquait également de l’argent à deux de ses trois enfants qui travaillaient comme étudiants, pour jouer en ligne. "Des versements pour des montants de 2.010€ et 1868€ ont été relevés", explique le parquet de Namur.

Tous ont les mêmes propos : la peur de mourir les animait au quotidien. Le prévenu les a d’ailleurs menacés de les tuer s’il allait en prison. Huit ans de prison sont requis par le parquet de Namur, pour "protéger la société".

"Je croyais être un bon père"

"Je croyais être un bon père mais je ne le suis visiblement pas. Mais je ne suis pas la personne qu’on vous décrit. Je peux tout accepter mais pas les violences sur mes enfants", réagit le prévenu. Ceux-ci seraient manipulés par leur mère, selon lui.

Pour la défense, un tribunal est une institution et non un lieu de thérapie familiale. Le président devra juger sur base des éléments qui se trouvent dans le dossier. "Dedans, nous n’avons qu’un seul certificat médical avec une incapacité de quelques jours comme élément objectif. Je ne dis pas qu’il ne s’est rien passé. Mais la question de l’intensité de ces faits se pose." Afin que son client puisse bénéficier d’un sursis probatoire, un maximum de cinq ans de prison est demandé par Me Balaes. Jugement le 13 avril.