Poursuivi devant le tribunal correctionnel de Namur pour divers manquements en matière de traçabilité et d’étiquetage de viandes bovines, ce marchand de bovins cinacien n’a pas contesté les préventions qui lui sont reprochées, sauf une pour laquelle il dit avoir été victime d’une vengeance de l’ancien directeur du marché couvert. Il a néanmoins planté le contexte, tirant à boulet rouge sur l’Afsca, l’agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire. Les règles qu’elle leur impose seraient de plus en plus nombreuses et, surtout, parfois matériellement inapplicables.

On reproche notamment au prévenu de ne pas avoir séparé des troupeaux de bovins, de ne pas avoir enregistré les mouvements d’entrées et de sorties de 13 animaux, des problèmes de scannage ou encore des marquages manquants aux oreilles de certaines bêtes. Le tout entre 2018 et 2020.

Pour la dernière, par exemple, la défense en appelle à la logique. "On est face à des animaux qui vivent, qui bougent. Cela arrive tout le temps que certains en perdent. Ils ne vont quand même pas aller vérifier tous les jours s’ils ont toujours leurs deux boucles d’oreilles. Pour une décision juste, il faudrait voir comment cela se passe dans la réalité", commente son avocate. "L’Afsca, c’est fort théorique. Mais c’est aussi une mauvaise connaissance du terrain", ajoute le marchand.

Indépendant depuis bientôt 30 ans, ce Cinacien en a profité pour tirer la sonnette d’alarme devant le juge Henrion, comme le font régulièrement ses homologues du secteur. "Depuis l’affaire Veviba (Ndlr : des déchets de viande ont été retrouvés dans de la viande hachée et des dates de congélation des carcasses ont été falsifiées), on en bave tous les jours. Depuis 4-5 ans, on a fait de gros efforts sur la traçabilité, au détriment de notre temps et de notre marge bénéficiaire. Mais chaque fois, on nous ajoute des règles supplémentaires. On n’a pas le temps de se mettre en ordre que d’autres s’ajoutent. Chaque jour, je me demande si ça vaut vraiment la peine de continuer ce métier. Il y a une pression incroyable sur le secteur. L’activité et son nombre d’acteurs ne cessent de diminuer."

Une pression qui aura, selon lui, des conséquences d’ici quelques années. "Avant, on était obligé d’exporter car on produisait de trop. Aujourd’hui, on a atteint un équilibre. Mais bientôt, on ne produira plus assez pour nourrir les gens."