"Je n’étais pas infirmière mais je soignais bien"

L’auditorat du travail a réclamé ce mercredi devant le tribunal correctionnel qu’une prévenue rembourse une somme indûment perçue de 143.000 euros, correspondant à quelques 18.702 prestations de soins à domicile, considérées comme des faux en écriture.

Entre juillet 2013 et septembre 2016, la prévenue, qui fait opposition à une condamnation à 12 mois de prison et à une amende de 40.000 euros, a utilisé frauduleusement le numéro INAMI d’une infirmière pour réaliser des prestations de soins à domicile.

En aveux, la prévenue explique qu’elle ne s’est pas enrichie, mais qu’elle a utilisé cet argent pour payer les créanciers d’une société de soins qu’elle possédait et qui est tombée en faillite. "Je ne possède rien, pas de maison, pas de voiture. Je me suis retrouvée acculée et c’est pourquoi j’ai fraudé. Il a fallu trois ans pour régler la faillite." Aujourd’hui atteinte d’une leucémie, elle vit avec son compagnon et ne travaille plus. "Nous sommes ensemble depuis 5 ans. Je suis malade et il s’occupe de moi. Je n’ai pas droit au chômage et je n’ai pas encore fait de demande d’allocation au CPAS. Vu ma maladie, je ne peux pas travailler."

L’avocat de la prévenue demande un sursis total pour sa cliente, au vu de son état de santé, celle-ci ne pouvant ni être détenue ni effectuer sa peine à domicile sous surveillance électronique au vu des soins qu’elle doit recevoir au moins une fois par semaine. "Des policiers sont venus la chercher chez elle en vertu d’une ordonnance de capture. Heureusement, le directeur de la prison a accepté de lui accorder une interruption de peine vu que nous faisions opposition à la condamnation."

Pour l’auditorat du travail, le substitut Deumer réclame le remboursement de la somme indûment perçue à l’Inami et ne s’oppose pas à une condamnation assortie d’un sursis , tout en estimant les faits très graves au vu du préjudice causé au système de sécurité sociale belge. "La prévenue a usurpé l’identité d’une infirmière pour obtenir le remboursement de prestations de soins à domicile. Elle n’avait pas le titre nécessaire pour prodiguer les soins en question. Heureusement il n’y a pas eu de problème à ce niveau." Questionnée à ce sujet la prévenue confie ceci : "Je n’étais pas infirmière mais je soignais bien."

Un dépôt de pièces relatif à l’état de santé de la prévenue est prévu le 27 novembre prochain.