Les annonces d’annulations de marches folkloriques tombent. Ça laissera des traces dans les esprits

Le premier week-end de mai, le village de Tarcienne, dans l’entité de Walcourt, aurait dû ouvrir la saison des Marches Folkloriques de l’Entre-Sambre-et-Meuse. Ce ne sera pas le cas pour les raisons que l’on sait. “Depuis son existence, notre Marche s’est toujours vue commémorée, même en temps de guerre où des processions sans soldats avaient lieu. Mais, dans les circonstances que nous vivons, à mesures exceptionnelles, décision tristement exceptionnelle” a annoncé Dimitri Loisse, son adjudant.

Depuis, les annonces d’annulation pleuvent d’un peu partout.

Si d’aucuns pensent aux pertes économiques pour le secteur Horeca déjà fortement malmené ou les loueurs de costumes, l’aspect sentimental ne doit pas certainement pas être dédaigné. La sortie de la Marche, dans chaque village, est un moment attendu par tout le monde. C’est un moment de joie, de convivialité, de retrouvailles que des milliers de gens partagent chaque année avec ferveur.

Nous avons sollicité le point de vue de Pierre-Jean, joueur de tambour dans plusieurs Marches à ce sujet : “Face à cette pandémie mondiale, tout paraît, finalement, dérisoire. Il y a plus grave en ce moment, c’est vrai. Mais c’est oublier à quel point une marche fait partie intégrante de la vie des gens d’Entre-Sambre-et-Meuse, à quel point elle rythme la vie d’un village. Nous sommes tous un peu dépités, dépourvus face à cette situation mondiale. Et, toutes proportions gardées, pour nos marches aussi. On se sentirait même coupables d’être déçu “pour ça”. C’est dans nos tripes, on ne l’explique pas. Même en étant conscient de la situation, même si le plus grand souhait est de revoir tout le monde vivant après cette “peste”. La plupart des gens de notre région sont “nés de dedans”. En tout cas, on a “toujours connu ça”. On n’a jamais connu une telle situation. Bien sûr nous n’allons pas en mourir et nous pourrons vivre un an “sans” mais il ne faut pas négliger l’impact émotionnel, ni le banaliser”.

Mais pour notre “tambourî”, cette crise pourrait aussi provoquer des changements. “On a tendance à dire et à croire que cette pandémie aura des conséquences fortes, une fois que nous en serons débarrassés. Rien ne sera plus pareil. Du coup, c’est peut-être aussi l’occasion d’une remise en question pour nos marches. Nous sommes sans doute à un tournant. Il conviendra de s’adapter, d’évoluer. Peut-être vers “autre chose”, en gardant les bases et l’esprit de ce Patrimoine culturel immatériel. Ce moment historique que nous vivons, nous ramène aussi à l’essentiel. À la base, une marche c’est une procession escortée. La religion n’a plus la même place dans nos vies actuellement mais, pourtant, les gens croyants ou non, gardent un attachement, du respect vis-à-vis de la tradition”.

Annuler toute la saison ?

Si le confinement est levé, certaines marches pourront peut-être avoir lieu en juillet, voire en août. Mais certains ont émis l’idée d’annuler toute la saison pour ne pas faire de jaloux. Pierre-Jean est plus que mitigé à ce sujet : “Annuler toute la saison ? Pour ne pas faire de jaloux ? je ne sais pas d’où vient cette ineptie mais c’est ridicule ! ce n’est pas comme ça que cela fonctionne. Seuls les marcheurs, villageois et… les paroisses peuvent décider de ce qu’il se passera le jour de leur marche, dans le respect des règles sanitaires et de confinement, bien sûr. Une reprise des marches est souhaitable mais personne ne peut décider pour un village, et certainement pas maintenant. Il n’y a pas de solution générale à adopter. Ni de bonnes, ni de mauvaises d’ailleurs. Spontanéité, improvisation, sincérité, respect… ne serait-ce pas là les bons mots vers une solution ? Les anciens se posaient visiblement moins de questions. Ils faisaient et vivaient ! Grâce à eux, nous avons parfois de belles coutumes, survenues spontanément et sans calcul. Il y a une sorte de conformisme ambiant dans le milieu qui est déplorable. Vivons ce que nous faisons !