Namur

Dans la compagnie des Zouaves, Alexandra Collin, vivandière de la batterie depuis 1984 mais surtout fille de l’actuel tambour-major, pourrait reprendre (en partie) le poste de son père.

Ce dernier, souffrant depuis quelques temps, doute de pouvoir effectuer l’entièreté du parcours de la procession. En parfait accord avec son chef de batterie, le comité des Zouaves a dès lors tenté de lui trouver un remplaçant mais malheureusement sans succès.

L’idée a donc germé dans la tête d’Alexandra de prendre la succession de son père : « Papa a envie que ça reste dans la famille. Pour un tas de raisons, aucun de mes frères ne peut reprendre la canne du tambour-major pour le moment, dès lors, pourquoi pas moi ? Je suis musicienne, je joue du fifre, je marche à ses côtés depuis 1991, je sais quand il faut changer les airs de tambours et où il faut changer de pas et je m’entends très bien avec toute la batterie, ça ne devrait poser aucun problème ».

Sauf que si cette proposition provoque l’enthousiasme chez de nombreux Zouaves, pour certains hors de la compagnie, voir une femme occuper un poste en vue et surtout, commander des hommes, ça passe mal. On peut accepter des femmes dans les rangs, mais il faut qu’elles restent discrètes, dit-on par ci par là. « Attention, rétorque Alexandra. Je suis féminine mais je ne suis pas une féministe militante. Je ne me bats pas pour imposer des femmes à différents endroits. Et on ne parle pas vraiment de remplacer papa, il est seulement question que je marche à ses côtés et que je le remplace si le besoin s’en fait sentir. Mais mon père sera normalement présent à tous les moments importants de la procession. »

Tempête dans un verre d’eau, alors ? Peut-être. Sous peu, le corps d’office de la Marche Saint-Feuillen va quand même se réunir et se positionner par rapport à cette initiative. Selon quelques infos glanées dans la sphère fossoise, l’affaire ne passera pas facilement, certains craignant de voir une dame intégrer le sommet du folklore local. Sans compter que l’association des Marches Folkloriques de l’Entre-Sambre-et-Meuse fait pression pour que les femmes « restent à leur place », expliquant même que certaines compagnies pourraient boycotter la Saint-Feuillen 2019. (voir ci-après)

Mais en dehors de l’état-major, d’aucuns estiment qu’il existe déjà des dames cheffes de musique et ça ne pose aucun problème. Pourquoi dès lors agir autrement pour le chef de la batterie ? Alexandra ne revendique rien : « Je me suis proposée parce que personne d’autre ne l’a fait malgré nos recherches. Je suis très attachée à notre folklore et aux valeurs familiales qui en découlent. Je ne suis même pas certaine que j’aurai envie de continuer quand papa ne sera plus là, sauf peut-être si mon frère reprend la canne… »

Tempête dans un verre d’eau, demandions-nous. Oui, sans doute. Mais qui ne devra pas occulter le véritable débat de la place de la femme dans le folklore de notre région.

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Gérard Adam, président de l’Association des Marches : « Les femmes comme cantinières ou pour le repos du guerrier »

Du côté de l’Association Royale des Marches Folkloriques de l’Entre-Sambre-et-Meuse, on n’est vraiment pas chaud à l’idée de voir une femme s’emparer de la canne de tambour-major. L’association n’a aucun pouvoir d’injonction dans le fonctionnement des compagnies et ne peut donc pas se prononcer sur la volonté des Zouaves de Fosses-la-Ville mais son président Gérard Adam ne cache pas son agacement : « Cette initiative fais beaucoup de mécontents. Notre folklore est figé depuis le 19ème siècle et historiquement, il n’y avait pas de femmes dans les armées. On doit rester crédibles mais chacun doit rester dans son rôle, les femmes peuvent être cantinières ou vivandières ou être là pour le repos du guerrier, mais c’est tout ».

Quand on lui rétorque qu’il y a déjà, dans certaines marches des femmes cavalières qui portent des sabres, le président botte en touche : « Ce n’est pas notre folklore, ça, et les responsables de ces compagnies devraient rester conséquents, je répète que ça n’existait pas dans les armées impériales ».

Aucun pouvoir d’injonction pour les responsables de l’association mais ceux-ci ont déjà fait savoir leur mécontentement à l’Etat-Major de la Marche Saint Feuillen qui regroupe les officiers de toutes les compagnies fossoises : « Si une femme occupe le poste de tambour-major des Zouaves comme il en est question, c’est clair, ce sera sans nous, le comité de l’Association prendra ses dispositions et ne sera pas présent lors de la prochaine Saint-Feuillen ».

Nous ne parviendrons pas à obtenir du président d’autres arguments. « Je n’en dirai pas plus, je sais ce qu’on fait dans la presse, on ne reprend que ce qui arrange, on laisse tomber le reste ». Il est donc difficile, dans ces conditions, d’éclairer parfaitement nos lecteurs…


Fanny Duchâteau, présidente de la Marche de Walcourt : « Il n’y a aucun argument pour écarter les femmes de notre folklore »

Fanny Duchâteau, cantinière des sapeurs, est aussi la présidente de la Marche Notre-Dame de Walcourt. C’est la seule femme à occuper ce type de fonction dans le folklore d’Entre-Sambre-et-Meuse. Que pense-t-elle de l’initiative fossoise ? « Je vais de suite arrêter une rumeur », nous dit-elle : « Certains ont laissé entendre que la Marche de Walcourt ne se déplacerait pas à Fosses en septembre si une femme occupait un poste de tambour-major. C’est totalement faux. Nous n’avons pas à nous immiscer dans le fonctionnement d’une compagnie. Nous avons été invités et nous serons présents, nous marcherons pour la Saint Feuillen ».

Et sur le fond du problème ? « Nous sommes quand même au 21eme siècle, il n’y a aucun argument valable pour justifier de laisser les femmes à l’écart de notre folklore. A titre personnel, je ne suis pas favorable au fait de laisser des dames marcher avec des armes mais on peut réfléchir à la façon de mieux les intégrer dans les pelotons comme cantinières, vivandières, infirmières, par exemple. Mais j’insiste sur le fait qu’il faut préserver l’autonomie des compagnies et que c’est au sein de celles-ci, et pas ailleurs, que les décisions doivent être prises ».


Débat

Dans certaines marches de notre région, les femmes sont totalement mises à l’écart. Les pelotons n’acceptent que des hommes. D’autres par contre multiplient le nombre de cantinières, de porte-chapeau, créent des pelotons de vivandières. A d’autres endroits, des femmes intègrent les rangs avec les mêmes uniformes que les hommes. Enfin, comme à Thuin avec les Sœurs Grises, des compagnies exclusivement féminines pourraient se créer. Qu’en pensez-vous ? Nous attendons votre avis.