Les habitants de ce petit village ardennais sont inquiets

HERBEUMONT À partir du 1er février, le centre de vacances Les Fourches devrait accueillir jusqu’à 400 demandeurs d’asile. Nous avons rencontré Dominique Nédée, l’administrateur-délégué de l’ASBL qui gère ce centre. Il admet que la situation financière n’est pas brillante et que la mise à disposition des installations pour accueillir des réfugiés est une aubaine. Neuf personnes y travaillent à temps plein. Emmanuel Sindayiheruba, directeur du centre d’accueil de Fraipont, visite les lieux.

Il parrainera le nouveau centre. “La Croix-Rouge engagera une trentaine de personnes pour encadrer les demandeurs d’asile”, déclare-t-il, “on aura besoin d’infirmiers, d’éducateurs, d’assistantes sociales et de personnel administratif. Il faudra aussi penser à scolariser les enfants dans le centre car l’école du village ne pourra pas assumer cette tâche.”

Dans le village, les habitants sont inquiets. Tout en se défendant de tout racisme ou de xénophobie, ils voient d’un mauvais œil l’arrivée de 400 personnes dans un village qui en compte à peine plus. Ils craignent que les touristes ne se trouvent une autre destination.

Nicolas Verbeeck, le patron de l’hôtel La Châtelaine, nous fait part de ses craintes : “Les Fourches sont sous perfusion depuis 20 ans. Cette ASBL a été artificiellement maintenue en vie. Si physiquement il n’y a pas de différence avec les résidents habituels, le pouvoir d’achat des réfugiés les cantonnera dans le site des Fourches”.

Le boucher J.-C. Protin et le boulanger Wilfried Picard ne s’attendent pas à profiter de cette arrivée. Ce dernier se pose des questions : “Lors de la réunion, on nous avait dit que le commerce local serait prioritaire; maintenant, on nous annonce qu’il faut soumissionner” . Au café Au Bon Coin, dans le centre du village, Armand, Ange, Billy et la patronne, Isabelle, commentent la nouvelle situation : “On a un village de touristes et on nous amène ça (sic). Cela n’apportera rien du tout. Nous sommes inquiets; avant, on laissait notre porte ouverte”. Billy semble résigné : “Une pétition n’y changera rien, de toute façon c’est trop tard.”

En cette période difficile sur le plan communautaire, il y a quand même un souffle positif. “On n’a pas de problème avec les Flamands ici. Sans eux on pourrait fermer boutique” , insiste Isabelle.



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