Marie, la cinquantaine sans histoire, venait de vivre une séparation lorsqu’elle a fait la connaissance de celui qui était le 4 février son co-prévenu devant le tribunal correctionnel de Namur. Via le site Badoo, il lui a d’abord fait croire qu’il était garde du corps pour des célébrités avant de lui dire qu’il avait été policier à Charleroi et avait travaillé sur l’affaire Julie et Melissa. « C’était un engrenage amoureux, je me suis faite embobiner », confie-t-elle. « Je ne savais pas qu’il était incarcéré et je me demandais pourquoi il ne m’appelait qu’après 23h. Quand je lui ai posé la question, il m’a dit que c’était parce qu’il n’avait pas payé toutes ses contraventions. »

Le principal prévenu dans cette affaire, né en 1972 était en réalité détenu à la prison d’Andenne car il avait été condamné à une peine de 30 ans par la cour d’assises. Il a rapidement demandé à Marie de lui rendre divers services, se présentant comme une victime, martyrisée en prison, qui tentait de se faire respecter en faisant entrer des GSM dans l’établissement. Portant un corset métallique et étant dispensée de fouilles, Marie avait la possibilité d’introduire des objets dans la prison pour les transmettre à son compagnon. Se déplaçant en chaise roulante, celui-ci avait tout autant de facilité pour réceptionner ces objets. « Je subissais des pressions vu mon handicap. J’ai plusieurs fois dénoncé celles-ci mais rien ne s’est passé. Les détenus, les agents, tout le monde était de mèche. »

Entre mai 2015 et mars 2017, des sms évoquant des téléphones, des sommes d’argent et de la drogue ont été échangés entre les deux protagonistes. Un grand nombre de téléphones seraient ainsi entrés dans la prison, ils étaient revendus au prix de 600 euros par celui qui était considéré comme « le dirigeant de la prison d’Andenne ».

Le détenu aurait aussi prêté de l’argent à des gardiens, d’où la prévention de corruption. Les sommes étaient ensuite restituées dans des enveloppes ou remboursées via le compte de sa complice. Il était notamment question d’un prêt accordé à un gardien pour que celui-ci solde une dette : le prévenu lui avançait 3500 euros et le gardien lui remboursait 5000 euros.

Durant la période infractionnelle, la prévenue aurait reversé près de 15.000 euros à celui qui était son compagnon. Leur manège a pris fin le 8 mars 2017 lorsque Marie a tenté d’introduire 102 grammes de cannabis dans la prison. « Elle ne m’a rien transmis, la drogue était cachée dans la machine à bonbons », confiait le détenu à l'audience.

Ce vendredi, le détenu a été condamné à une peine de prison de 3 ans supplémentaires. Sa complice bénéficie de la suspension simple du prononcé de la condamnation. Le tribunal a constaté le dépassement du délai raisonnable dans le dossier.