"Je fuis les couteaux car quand j’en vois j’ai des pulsions et je ne sais pas m’arrêter"

Le 25 février 2019 à Namur, Marc (prénom d’emprunt), 53 ans, a failli tuer sa mère de 90 ans au moyen d’un couteau de boucher. Le prévenu, qui habite toujours avec sa maman, était dans sa chambre, à l’étage, alors que sa future victime se reposait dans un relax au rez-de-chaussée. Il s’est rendu dans la cuisine, a pris un couteau de boucher et l’a planté dans le ventre de sa mère. C’est grâce à son frère, qui est intervenu et a appelé les secours, que Marc ne devait pas s’expliquer devant la cour d’Assises ce jeudi.

"J’avais bu, je n’ai jamais pu m’expliquer ce qui m’était passé par la tête. Nous avions bien eu une dispute concernant de l’argent le matin même mais je ne comprends pas. Si cela avait été quelqu’un d’autre, je l’aurais fait aussi. J’ai choisi un couteau pointu et qui coupe bien", déclarait le prévenu, qui comparaissait détenu le 20 février dernier. Celui-ci a déjà été interné 10 fois à Saint-Martin et 4 fois au CHR. Marc est placé sous administration de bien, c’est son frère qui tient ce rôle pour lui.

Questionné sur ses motivations, le prévenu apparaissait confus : "Depuis que je suis en prison, j’appelle ma mère tous les jours. En première primaire, j’ai passé une année détestable, cela a changé pas mal de choses pour moi, je ne m’en suis jamais remis." Presque spontanément, Marc lâche une bombe devant le tribunal : "J’ai un problème avec les couteaux. Je me mets à trembler dès que j’en aperçois un. Je n’ose plus en toucher, je fuis quand j’en vois un car il me vient des pulsions que je ne sais pas arrêter. Pour faire mes tartines je n’utilise d’ailleurs que des couteaux à bout rond, qui ne coupent pas. En prison, je ne me sers que des couteaux en plastique. Les autres nous sont repris juste après le dîner"

En psychiatrie, Marc est suivi pour ses problèmes d’alcool mais aussi pour son humeur instable et son caractère parfois explosif, un cocktail détonnant. "Si mon client suit de façon régulière sa thérapie médicamenteuse et qu’il ne boit pas, il n’est pas dangereux", confie son avocate, Me Somers." Il est actuellement détenu dans l’annexe psychiatrique de la prison de Namur et son comportement est qualifié d’exemplaire. Malheureusement, il ne peut pas bénéficier d'un appartement protégé."

D’après l’expertise psychiatrique réalisée, il ressort que le prévenu est responsable de ses actes mais présente des facettes antisociales, il doit donc suivre un traitement médicamenteux afin de s’insérer socialement.

Le parquet de Namur réclamait une peine de 5 ans assortie de mesures probatoires strictes ou une peine ferme variant entre 6 et 7 ans.

L'avocate du prévenu demandait une peine assortie d'un sursis probatoire. "Nous avons frôlé la tragédie mais il s'est depuis remis en question. Dans un geste d'amour immense, son frère propose de l'héberger provisoirement à sa sortie de prison afin qu'il trouve rapidement un appartement. J'ai pour ma part eu un accord avec une pharmacie où il devrait se rendre chaque jour pour prendre ses médicaments. Il entamera un suivi psychologique et continuera de se rendre chez les alcooliques anonymes."

Le tribunal a rendu son jugement ce jeudi : le prévenu est condamné à 7 ans de prison pour tentative de meurtre.