Isabelle et Emmanuel sont les patrons de « Notre maison », le café du village à Lustin. Comme tous leurs collègues du secteur Horeca, ils sont à l’arrêt mais, loin de déprimer, ils tentent de trouver des côtés positifs à cette situation. “Sur le plan financier, on ne doit pas trop se plaindre, explique Emmanuel. Nous louons le café à la commune et grâce à l’échevin Detry, nous avons pu obtenir une suspension du loyer pendant les périodes de fermeture, ça aide, bien évidemment. On a obtenu aussi une partie du droit passerelle même si de ce côté, on ne comprend pas vraiment comment ça se passe.” Mais son épouse tempère : “Etre payé pour ne rien faire, ce n’est pas ce que nous avons envie, ce n’est pas une solution”.

Pour les deux Lustinois, le plus grave, c’est l’aspect humain en général qui n’est pas assez pris en compte par les autorités. “On tente de sauver l’économie, de contenir l’épidémie mais on ne tient pas compte de la santé mentale des gens. Nous, on est pratiquement confinés, on ne voit plus grand-monde alors que notre établissement était un lieu permanent de rencontres. On est maintenant ensemble presque 24 heures sur 24, heureusement qu’entre-nous l’ambiance est excellente, qu’on est toujours très amoureux mais ce n’est pas le cas chez tout le monde. On sait qu’il y a de plus en plus de problèmes au sein des familles, mais comment régler ce problème. Là, les autorités ne proposent rien. On va certainement assister à une augmentation du nombre de suicides !

Eux, heureusement, ont développé d’autres activités en plus de leur café. Isabelle s’est lancée depuis un bon moment dans l’astrologie, Emmanuel dans la thérapie énergétique. Mais même dans ce cadre, ils ne voient presque plus personne, ni l’un ni l’autre. “On ne sait pas si on peut recevoir des gens ou pas, mais de toute façon, tout le monde a peur. Les appels sont très rares. On sent que chacun évite les contacts.” C’est compliqué à vivre pour ces deux-là qui apprécient autant les relations humaines. Mais ils se battent. Isabelle vient de terminer la rédaction d’un troisième manuel très fouillé d’astrologie. Elle va aussi se remettre à l’écriture de romans. Son mari, après avoir passé une partie de l’été à monter une jolie terrasse à l’arrière de leur maison, peaufine son expérience, notamment dans la pratique du reiki. 

Attendent-ils la réouverture du secteur Horeca comme leurs collègues? Pas vraiment. "Quand le confinement a pris fin, on a ressenti une forte baisse de la fréquentation par rapport à l'année passée. On a décrit les cafés comme des lieux de propagation du virus et beaucoup ont eu peur. A part nos habitués, on ne voyait presque plus personne, sauf les jours de beau temps quand les touristes profitaient de notre grande terrasse. Quand on va rouvrir une nouvelle fois, comment réagiront les gens?" se demande Emmanuel. Il conclut : “Cette crise doit nous amener à réfléchir. On doit se remettre en question. Le monde ne peut pas continuer comme maintenant, il y a des décisions à prendre à tous les niveaux. Nous, on y réfléchit, on va le faire à titre individuel. On ne rouvrira peut-être pas le café mais ce sera pour tenter autre chose, en phase avec nos principes, nos envies, quelque chose qu’on a vraiment envie de faire !