Namur

Le bâtiment était dans un tel état de décrépitude qu'il était devenu impossible à restaurer

Les services de l'échevin du Patrimoine Tanguy Auspert reviennent sur ce que l'élu qualifie de "chemin de croix" pour la ville.

"Les travaux qui ont lieu au cœur de la chapelle des Oblats ont pour but d’y transférer la paroisse Saint-Symphorien, dont l’église : édifice en pleine décrépitude que le temps n’a pas épargné et qui est devenu impossible à restaurer. Implanté en plein de cœur de Jambes, l’église Saint-Symphorien constituait un haut lieu de la vie jamboise, un acteur à part entière.

Avec son ossature et ses façades en béton, l’église, construite dans les années 30, souffrait de maux de plus en plus apparents, liés à une maladie du béton tout comme bon nombre d’immeubles de la même époque. Mais un défaut manifeste d’entretien à accélérer quelque peu ce processus inévitable que l’on appelle « le cancer du béton ». Ajoutons à cela, l’humidité et la corrosion qui s’en suit. Ceci sans oublier la difficulté d’entretenir les centaines de m² de toitures en ardoise. Au final, l’édifice devenait même dangereux. Il fallait le sécuriser les lieux pour assurer les offices notamment. Cependant, certaines pièces avaient été interdites d’accès du côté de la rue Wasseige.

Depuis 1995 déjà, la Fabrique d’église s’inquiétait d’infiltrations et des premières chutes de béton dans la propriété du voisin. D’ailleurs, début 2000, l’installation d’un auvent au-dessus de la porte d'entrée principale de l'église, pour réceptionner les chutes de matériaux, a été réalisée. S’en sont suivis divers rapports de la Ville et de l’Inasep indiquant que les lieux nécessitaient une intervention. Mais laquelle ? Cette question a mobilisé toute l’attention des services compétents de la Ville de Namur, ainsi que celle de l’échevin Tanguy Auspert, échevin du Patrimoine et des Cultes depuis 2007.

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Jambois de naissance de cœur, il était conscient qu’on ne pouvait laisser la paroisse de Jambes-Centre sans lieu de cultes. Elle qui en est aujourd’hui à son cinquième (et dernier) déménagement. Cependant, les lourdeurs administratives n’ont pas permis d’avancer aussi rapidement qu’il l’aurait souhaité.

Avant de prendre la décision de déménager l’église de Saint-Symphorien vers la chapelle des Oblats, deux autres pistes ont été envisagées. Ainsi, la première idée était de restaurer les lieux. Une telle restauration aurait mobilisé des moyens conséquents sans pour autant remédier à la très mauvaise performance énergétique du bâtiment. Le budget total de rénovation de l’édifice était en effet estimé à l’époque à 1,8 million d’euros. Ensuite, un projet de partenariat public-privé (construction d’un nouvel édifice à taille humaine en cohabitation avec des logements) un temps évoqué en 2010, a été abandonné suite aux contraintes urbanistiques de la zone. Les débats en conseil communal ont été quelque peu mouvementés…

Convaincu, cependant, qu’une solution pour ce lieu de culte reste possible, l’échevin Tanguy Auspert avance une nouvelle proposition au Conseil Communal en septembre 2014 : déplacer l’église Saint-Symphorien dans la chapelle des Oblats. Cette solution originale a séduit les différents protagonistes. Le coût est évidemment moindre : 623.461 ,94 € TVAC.

La première étape consistait à signer un bail emphytéotique avec la communauté « Famille Myriam », propriétaire de la chapelle, qui l’avait achetée à la Communauté des Pères Oblats. Ce bail, signé fin 2015 pour une période de deux fois 49 ans, accorde à la Ville de Namur un droit réel sur le bien. Un droit qui permet les transformations que l’on connaît aujourd’hui.

Les études architecturales ont ensuite été confiées au Bureau économique de la Province (BEP) en 2015. Ce dernier a ensuite repassé le flambeau à la Ville et son Bureau d’études des bâtiments (BEB) dès l’attribution du marché à l’entreprise Phenicks de Charleroi.

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Le permis d’urbanisme a, lui, été obtenu fin septembre 2016 et le marché a été lancé dans la foulée. Les offres reçues étant tout d’abord irrégulières, l’auteur de projet a proposé de relancer le marché sur base d’un Cahier spécial des Charges modifié et apuré de postes jugés superflus ou non indispensables. Un Cahier spécial des charges qui a été soumis et approuvé au Conseil communal de mars 2017. Les travaux ont commencé en décembre 2017.

Cette ultime solution a notamment été rendue possible grâce aux liens tissés entre la Famille Myriam et la paroisse de Jambes.Mais ce déménagement n’a pas uniquement été pensé dans les bureaux de la Ville de Namur, loin des considérations citoyennes. Dès le départ, fabriciens, paroissiens et Evêché ont été mis à contribution. Le curé qui officie à Saint-Symphorien, l’abbé Francisco Algaba Velez, a d’ailleurs salué la communication entre le cabinet et les acteurs religieux du dossier.

Il avait pris la peine de l’écrire aux membres de la Paroisse. Un message dans lequel il faisait appel à la raison de tous. Un lieu de cultes, oui. Mais un lieu de cultes « sain » et sécure. En outre, beaucoup était d’accord de dire que l’église de Saint-Symphorien devenait trop grande alors que la fréquentation des édifices religieux connaît, de manière générale, une forte diminution. Avec la « nouvelle église des Oblats », on passe donc là à une église à taille humaine.

En quoi consiste la transformation des Oblats ? De dimension plus modeste que l’église St Symphorien (on passe de 600 à +/ 200 places), la chapelle des Oblats est davantage adaptée aux besoins des paroissiens. En cas d’événements importants les offices peuvent être déplacés à l’église de Jambes-Velaine. Les parkings à proximité (gare, Acinapolis) rendent la future église d’ores et déjà plus accessible que ne l’était celle de Saint-Symphorien.

Les travaux visaient principalement à remettre en conformité et à adapter le bâtiment aux besoins des fidèles.

- Transformation de l’existant : Abaissement du chœur, aménagement d’une rampe d’accès PMR, d’une sacristie, …

- Partie extension : Construction d’un espace d’accueil (également espace de confession), de 2 sanitaires dont 1 PMR, d’une nouvelle cage d’escaliers, …

- Vérification de la toiture, renouvellement des installations de chauffage, d’électricité et d’éclairage, isolation de la toiture au plafond, etc.

On peut, aujourd’hui, témoigner d’un résultat à hauteur des espérances de tous. En effet, une grande partie des remarques de la Paroisse a été intégrée au cahier spécial des charges. Et notamment au niveau du mobilier appartenant à la Fabrique d’église à transférer. L’immobilier appartient, lui, à la Ville.

Ainsi, les fonts baptismaux et la fresque du baptême seront transférés. Mais aussi :

- L’autel ;

- Un bénitier ;

- Le chemin de croix ;

- Une des trois cloches (la plus petite). Cette dernière sera installée sur la nouvelle extension des futures installations via un nouveau clocher fonctionnel.

- Et au niveau mobilier : pupitre et tabernacle en bois, statue en bois, statue du Christ, statue de la Sainte Vierge.

La question des trois cloches de Saint-Symphorien s’est évidemment posée. Et donc, après plusieurs négociations, et sur proposition de l’échevin, il a été décidé de donner les deux autres cloches. La plus imposante est à l’école Saint-Joseph. Etablissement lié à l’église de par ses anciens curés et doyen.

Enfin, la dernière cloche (la plus petite) reviendrait à la Tour d’Anhaive, là se trouve le syndicat d’initiative de Jambes et dont la mission est la valorisation du patrimoine jambois. Pour le reste, comme les vitraux, les confessionnaux, etc., la Fabrique d’église s’occupe de les réaffecter ailleur. Les négociations sont toujours en cours ou déjà bouclées. Maintenant que le déménagement a été effectué suite à la collaboration entre M. l’abbé Algaba Velez et le services de la Ville, le déplacement des reliques vont pouvoir se faire lors d’une célébration spéciale prévue le 28 avril prochain.

En ce qui concerne la nouvelle affectation du site, l’acheteur ne pourra pas faire ce qu’il veut. En effet, il s’agit là d’une zone dite bleue. Autrement dit, une zone d’intérêts communautaires. La future transformation devra donc être majoritairement d’intérêts publics."