Namur Il est le premier suppléant sur la liste PS à la chambre pour la province de Namur. Rencontre.

Vous arrivez à 35 ans en politique. Qu’est-ce qui a provoqué le déclic ?

Le déclic, contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est pas que je m’appelle Eerdekens ou que je sois le fils de Claude. Le déclic, c’est Eliane Tillieux. C’est elle qui m’a mis le pied à l’étrier, qui m’a proposé de la rejoindre comme secrétaire politique dans son cabinet alors qu’elle était ministre de Wallonie. On se connait depuis quinze ans, depuis la campagne de 2004, on ne sait pas mettre une feuille de papier à cigarette entre elle et moi en termes de convictions politiques, on est très proches politiquement, je crois qu’elle aime bien mon franc-parler. J’ai été surpris quand elle m’a proposé de la rejoindre en 2014 et emballé par le défi.

Première campagne en 2018 à la province et élu avec 3.665 voix. C’est quand même grâce à votre nom ?

S’appeler Eerdekens c’est autant un avantage qu’un inconvénient, je peux vous le garantir. Mon nom peut effectivement provoquer un a priori mais il peut être aussi bien positif que négatif. Il y a des gens qui, sans me connaitre, m’ont fait confiance et c’est tant mieux pour moi. D’autres m’ont attaqué et là c’est tant pis. Mais j’ai fait une campagne particulière et originale au niveau de la communication notamment numérique et tant papa que moi, on n’a pas voulu faire campagne ensemble pour éviter les amalgames entre la commune et la province. Il n’était pas non plus super emballé que je sois sur une liste parce qu’il connaît parfaitement le coût familial de l’action politique : comme papa et comme grand-père, il savait que j’allais prendre des coups. J’ai moi-même hésité à me présenter parce que je connais la violence de la politique.

Aujourd’hui candidat à la Chambre, c’est une suite logique ?

A partir du moment où je fais le deuxième score en taux de pénétration de l’arrondissement, il semble acquis que je dois être en soutien sur les listes pour ces élections-ci.

Mais une place de première suppléant, ça entre-ouvre quand même une porte vers un mandat effectif. Ce ne vous fait pas peur ?

Non. Je ne suis pas animé par la peur ou par l’enthousiasme, je fonde mes avis politiques et ma réflexion sur le doute, tant sur le fond que sur la forme. Pour chaque dossier, je mets un point d’interrogation qui permet une véritable réflexion.

Vous avez amené un ton nouveau, un peu d’humour au conseil provincial. Envie de faire de même au parlement fédéral ?

Elianne Tillieux dit que je dépoussière les débats, que je suis le Swiffer de la province. J’ai ce petit défaut d’exprimer ce que je pense et de ne pas avoir peur de l’exprimer, quelle que soit la personne en face. Mais je pense que les débats au fédéral ne sont pas poussiéreux, ils sont même très animés parce qu’ils sont portés par plusieurs parties conflictuelles, gauche-droite, nord-sud… La Chambre c’est aussi l’endroit où on peut construire ou détricoter les autres niveaux de pouvoir.

Vous avez une matière de prédilection pour ce niveau de pouvoir ?

Oui, si je le peux, si j’ai le mandat pour le faire, je suivrai les matières institutionnelles. Déjà à la province, j’ai porté la réflexion sur l’avenir de l’institution provinciale, et cette matière me passionne. On peut travailler sur une modification de la constitution sans que ce soit absolument du communautaire, notamment sur les matières environnementales.

Votre père Claude a annoncé qu’il effectuait son dernier mandat de bourgmestre. C’est une autre voie encore qui s’ouvre pour vous ?

Je ne me suis jamais posé la question. Si papa a été « aussi fort » durant des années, c’est parce qu’il a une équipe exceptionnelle. Il ne gère pas Andenne seul, il est entouré d’échevins compétents et d’autres personnes qui pourraient prendre le relais le moment venu. Je n’ai jamais réfléchi à mon avenir à Andenne et je ne m’investis pas dans cette campagne électorale en vue de me positionner à Andenne pour le futur. Pour le moment, je découvre, je vois une chose à la fois. Il ne faut pas croire que parce que je m’appelle Eerdekens ma route est toute tracée. J’ai commencé réellement la politique à la Province il y a six mois, j’ai fait mon petit chemin à la province, laissons venir les choses.

Il y a un style Claude Eerdekens. Vous vous revendiquez de celui-ci ?

C’est vrai qu’on n’a pas peur du mot, de la parole. Il y a le coté avocat du père, un peu comédien… Quand il faut piquer où ça fait mal, on le fait… On aime bien aussi la petite formule qui fait mouche… Quand je dis que Si Maxime Prévot tousse, c’est la province qui paie le sirop, ça veut dire ce que ça veut dire, en une formule on peut résumer tout un état d’esprit.