Pierre Marlier, la septantaine alerte, collectionne les cartes postales depuis l’âge de 16 ans. Pas n’importe lesquelles, juste celles de Walcourt. Et encore, pas vraiment les cartes de l’entité mais celles de Walcourt même. Une passion qui lui est venue presqu'inopinément : " Une cousine de ma grand-mère était décédée et nous avions vidé sa maison. J’ai trouvé une boîte à chaussures remplie de cartes. Ma grand-mère voulait que je les brûle dans le jardin mais moi j’ai préféré les garder. Depuis lors, j’enrichis cette collection en permanence."

Aujourd’hui, il en compte plus de 600, bien protégées dans un gros album dans lequel il les classe soigneusement par thèmes et dont la plus ancienne date de 1895. 

Nombreuses sont celles qui montrent la basilique dans tous ses états, notamment après la Première Guerre mondiale quand elle avait perdu son clocher à la suite d’un bombardement. Et puis, de nombreuses reproductions de Notre-Dame de Walcourt, bien évidemment. Ou encore, le magnifique jubé, que l’on dit offert par Charles Quint, photographié sous tous les angles. Sans oublier de nombreuses images de la procession de la Trinité et notamment une datant de 1925 qui montre une foule extrêmement dense: " À l’époque, des trains spéciaux amenaient les pèlerins de tous les coins du pays pour rendre hommage à Notre-Dame ".

La rue de la Montagne © DR

Suivent des vues, sous des angles variés, des différents quartiers du village comme la place des Combattants qui n’avait pas encore de monument et qui date donc d’avant 1914. Ou le quartier des Quairelles avec ses fours à chaux qui ont disparu depuis belle lurette, la place de l’hôtel de ville, avec l’hôtel de l’Aigle (toujours bien présent) ancienne mouture et les anciennes voitures garées à l’avant. Ou encore l'ancienne ligne de chemin de fer remplacée aujourd'hui par la route des Barrages. 

" Régulièrement, je me plonge dans l’album. J’aime bien regarder, comparer avec maintenant. On voit ainsi comment le village a évolué. On voit aussi que quelques belles bâtisses ont disparu tout comme de nombreux commerces, que des quartiers ont totalement changé ."

Pierre n’a pas une carte postale préférée, il les aime bien toutes. "Bien souvent, la carte a une histoire. Quand on regarde son dos, on trouve des messages, des noms, des signatures qui nous rappellent certaines choses. Je repense à certaines personnes qui ont maintenant disparu." Une chose frappante, à propos des messages écrits au dos de ces cartes d'autrefois: le style calligraphié de l'écriture qui montre que même des gens qui n'ont pas eu la chance de fréquenter longtemps l'enseignement savaient écrire de façon très lisible. Les temps changent... 

La gare de Walcourt, autrefois important centre de triage © DR

Longtemps, Pierre a visité les brocantes pour enrichir sa collection. " On m’a dit qu’on comptait 2 500 cartes postales dédiées à Walcourt. Je ne suis pas le seul collectionneur ici à Walcourt, d’autres en ont bien plus que moi. Pendant longtemps, je suis allé dans les brocantes de la région pour chercher des cartes manquantes, ça m’arrive encore mais de moins en moins souvent. Et puis, elles se font rares, il y a des gens qui ont acheté des cartes dans l’unique but de les revendre plus cher ensuite. J’ai notamment vu à Namur une boutique spécialisée qui vendait ces cartes anciennes à plus de 1 000 francs belges ! "

Les Marcheurs de Notre-Dame © DR

Aujourd’hui, il partage de temps en temps son trésor via la page "cartes postales de l’entité de Walcourt" qui compte 675 membres. "Mais je ne publie que quelques cartes à la fois seulement. Et ça me fait plaisir quand des gens me demandent des infos particulières: où a été prise la photo, qui sont les gens qui sont dessus ? Ou qui me disent qu’untel, sur la carte, est un de ses parents…" 

Des images devant lesquelles on pourrait rester des heures, à scruter des détails. Qui provoquent tendresse et nostalgie. On peut dire ce qu'on veut, nos superbes écrans haute définition ne remplaceront jamais la magie qui émane de ces vieilles reproductions. 

L'hôtel de l'Aigle, un des rares commerces qui a traversé les époques © DR

Le bâtiment qui abritait l'ancienne imprimerie Bughin © DR