La cour d’assises de Namur a poursuivi jeudi le procès de Bernard Marchal, né en 1970, accusé du meurtre de son frère, Jean-Luc, né en 1963, commis le 30 octobre 2019 à Bois-de-Villers.

Les plaidoiries de la défense, qui demande la requalification des faits en coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, sont intervenues jeudi après-midi. Me Fery a pris la parole en premier. « Rien ne prédestinait Bernard Marchal à causer la mort de son frère Jean-Luc dans la maison familiale. C’était un coup de sang, un coup de folie, dû à un fléau, l’alcool. Pourquoi ? Bernard Marchal s’interroge toujours. Il l’a dit : « Je ne voulais pas le tuer ». »

Pour Me Fery, le décès serait la cause d’une altercation entre les deux frères. « Après le début de la dispute, qui avait lieu au rez-de-chaussée, Bernard Marchal est remonté dans son appartement avec sa compagne, pour mettre fin à celle-ci. C’est Jean-Luc Marchal qui est monté. Si il ne l’avait pas fait, il serait toujours vivant. Tout s’est déroulé très vite, dans un contexte très dynamique, sur fond d’alcool. »

Le conseil de l’accusé met en avant plusieurs indices, alimentant la thèse de l’altercation, alors que les parties civiles et l’avocat général estiment que Bernard a pris Jean-Luc par surprise en lui assénant un coup de couteau alors qu’il était toujours dans les escaliers. « Bernard présente une lésion de contact au poignet droit. Jean-Luc a une estafilade à la main et une ecchymose au sein droit. »

Une des soeurs Marchal déclarait mercredi qu’il s’agissait d’un accident, que Bernard n’avait pas voulu tuer Jean-Luc. C’est sur cette voie que Me Fery veut emmener les jurés. « L’arme était un petit couteau. Un seul coup a été porté, il n’y a pas eu d’acharnement. » L’avocate évoque le comportement de l’accusé après les faits. « Il a immédiatement confié à la compagne de son frère qu’il s’en voulait, il s’est agenouillé à côté de Jean-Luc et pleurait quand il s’est rendu compte de ce qu’il avait fait. Il a ensuite perdu pied, il était hagard et a pris la fuite de façon délirante. Il voulait ensuite aller se rendre à la police. » Pour l’avocate, « si un doute existe par rapport au caractère volontaire des faits, il doit bénéficier à l’accusé. »

Pour Me Maudoux, le vol présumé du sac de Murielle D, compagne de Jean-Luc Marchal par Christelle S, compagne de Bernard Marchal, aurait mis le feu aux poudres entre les deux hommes. « Jean-Luc aurait ensuite voulu aller le rechercher à l’étage, dans l’appartement de son frère de façon tonitruante. Bernard s’est emparé d’un couvert, qui traînait car la vaisselle de la veille n’avait pas été faite. Il voulait juste que son frère parte, il le lui a demandé, il avait d’ailleurs quitté une pièce pour cette raison juste avant. » Pour l’avocat, et au vu des traces, « de la mare » de sang, une altercation a eu lieu sur le palier et non alors que Jean-Luc Marchal était toujours dans les escaliers, comme le prétendent les parties civiles.

Au sujet de l’intention homicide, Me Maudoux estime que l’accusé n’avait aucune raison de vouloir ôter la vie à son frère. « L’état d’esprit de Bernard Marchal avant la scène ? Il ne veut pas de cette dispute et rentre dans son appartement. Juste après le coup ? Il s’en veut immédiatement et il déclare qu’il ne voulait pas tuer son frère. » Pour le plaideur, l’état d’alcoolisation de Bernard Marchal (3,6g) ne lui a pas permis de réellement viser le cou de son frère. « Le coup est tombé au pire endroit possible. Il y en a eu un seul, dramatiquement mal placé. Ce n’est pas typique des homicides à l’arme blanche abordés devant une cour d’assises. »

Après des répliques, les jurés entreront en délibération au sujet de la culpabilité de Bernard Marchal.