Nouveau rebondissement dans l’affaire du trésor de la collégiale Sainte-Begge d’Andenne, dont la Ville et la Fabrique d’église revendiquent toutes deux la propriété. Faute d’un accord à l’amiable, le conseil communal avait validé, le 31 mars dernier, le principe d’une action en justice. Lundi soir, l’assemblée a voté (majorité contre opposition) une action judiciaire complémentaire, visant cette fois le Musée diocésain de Namur et l’ASBL qui le gère.

Il se trouve, explique le bourgmestre Claude Eerdekens, que l’institution namuroise conserve un précieux reliquaire de Sainte-Begge faisant l’objet d’un classement au patrimoine culturel de la Fédération Wallonie-Bruxelles. "Cette pièce de grande qualité a été exposée dernièrement au Musée de Mariemont, développe le bourgmestre. Nous revendiquons notre droit de propriété également sur ce reliquaire, qui appartient au trésor de la collégiale. Puisque notre demande de restitution a obtenu une fin de non-recevoir, nous mettons à la cause le Musée diocésain. Ce que nous demandons est simple: retour à l’expéditeur!"

«On rejoue la Révolution française?»

Christian Mattart (minorité AD&N) regrette la judiciarisation de l’affaire. "Vous dépensez pas mal d’énergie et d’argent pour un dossier au final pas si problématique: on sait où se trouvent les pièces, et la Fabrique n’est pas fermée au dialogue. Pourquoi ne pas collaborer avec elle au gré d’un contrat de gestion, par exemple?"

Le conseiller de l’opposition croit percevoir dans l’attitude de la Ville une forme de harcèlement à l’égard de ses interlocuteurs. "Est-ce qu’on rejoue la Révolution française (et la nationalisation des biens de l’Église, NDLR) ?", interroge-t-il.

Christian Mattart tempère aussi les propos très assertifs du bourgmestre: "Le reliquaire se trouve à Namur depuis plus de 100 ans. Qui sait si les traces d’un transfert en règle n’ont tout simplement pas disparu avec le temps?"

Comme les frises du Parthénon

Le bourgmestre s’offusque: "Un élu d’Andenne doit défendre l’intérêt des Andennais, et il est de leur intérêt de récupérer le patrimoine qui leur appartient. Tout comme les Grecs réclament aux Anglais la restitution des frises du Parthénon."

Claude Eerdekens rappelle l’épisode récent du rachat par la Ville, lors d’une vente aux enchères, d’un antiphonaire (un recueil de chants religieux) qui avait quitté sans qu’on sache ni quand ni comment les collections du trésor de Sainte-Begge.

Toutes ces opérations visent donc à consacrer la Ville comme propriétaire exclusif du trésor et à rassembler les pièces qui se sont dispersées au fil du temps. Objectif final: préserver durablement ces objets, leur assurer de parfaites conditions de conservation et les présenter au public dans un espace aménagé au sein de la collégiale. Le budget extraordinaire 2022 de la Ville, approuvé lundi, dédie 50 000€ à une étude de faisabilité de ce projet d’aménagement.