L’atelier "Découvertes artistiques" du GABS a réuni dans un petit film quelques personnes qui œuvrent au quotidien pour aider les (a)migrants

Un petit film de 28 minutes, "Si tous les Anthony…" retrace un pan de vie de Clémence et Augustin à Gembloux, Christine et Pauline à Rochefort, Claudine à La Bruyère et Anthony lui-même à Spy. Tous ont en commun le fait d’avoir croisé la route de migrants qui tentent de rejoindre l’Angleterre via le port de Calais à proximité d’une aire d’autoroute non loin de chez eux, et de leur apporter une aide bienvenue.

C'est une idée de l’atelier "Découvertes artistiques" du Groupe d’Animation de la Basse-Sambre (GABS). Il a été réalisé en collaboration avec l’ASBL Clara, qui entreprend diverses actions pour l’éducation et la formation de tous à la communication de demain ainsi que toute forme de services audiovisuels.

L’atelier compte une dizaine de membres. Il est ouvert à tous et ne demande aucune expérience, aucun acquis en quoi que ce soit. "Nous voulons découvrir toutes les expressions artistiques, les différentes formes d’art sans aucun préjugé. Nous sommes bien ensemble, on travaille, on se complète, on découvre les autres et on veut casser les préjugés", explique Émilie Puits, l’animatrice.

Rencontrer les autres et casser les préjugés, ils l’ont fait avec Anthony, un de leurs membres.

Celui-ci a été confronté à l’arrivée de migrants qui se sont installés aux abords de l’aire d’autoroute de Spy. Rapidement, il a décidé d’aller vers eux. Pour lui qui a été élevé dans le partage, voir "en direct" des gens qui ont faim, froid, qui vivent dans la précarité la plus totale dans des tentes faites de bric et de broc était inconcevable. Il a pu franchir les barrières de la langue et de la culture pour créer des liens avec eux. "Je suis moi aussi un étranger pour eux. On a difficile de communiquer mais on y arrive. Aujourd’hui, on partage régulièrement les repas que nous avons préparés ensemble."

Pour Anthony, l’expérience se révèle vite enrichissante. Non seulement il découvre des gens venus de très loin mais aussi, paradoxalement, enfin des gens de son propre village. "Aider ces gens m’a permis de rencontrer de rencontrer d’autres personnes qui agissaient comme moi. Un collectif est né et nous nous voyons souvent, ça donne aussi un sens à la vie", nous dit-il.

L’idée du film est venue presque naturellement au sein de l’atelier. Il fallait échanger les expériences, rencontrer d’autres personnes qui agissaient de la même façon à d’autres endroits. Montrer qu’on peut faire tomber les barrières, que chacun peut apporter sa pierre.

Si l’expérience a été enrichissante pour tous, elle l’a été un peu plus pour notre vedette : "Ça n’a pas été facile. Il y a eu une prise de risque certaine. J’ai dû livrer une partie de mon intimité. Mais si une seule personne peut changer d’avis à propos des migrants grâce à ce film, ce sera fabuleux."

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Anthony met en avant le travail collectif. Et la nécessité de voir en priorité l’humanitaire.

Pour Anthony, se retrouver une des "vedettes" d’un film n’a pas été une sinécure : " Je n’avais jamais fait ce genre de choses, je n’y avais même jamais pensé. J’ai un rapport avec mon image très compliqué. Les premières prises de vue ont été un peu compliquées, notamment pour les plans rapprochés. Et je n’aime pas être mis ainsi en avant, le travail réalisé pour ce film était vraiment collectif. En plus, livrer ainsi mon témoignage devant la caméra, c’était livrer une partie de mon intimité ."

Il avoue par ailleurs sans difficulté que cet investissement l’a aidé sur le plan personnel. " Je suis allé vers les autres, j’ai franchi des barrières, notamment celle de la langue. J’ai appris à communiquer non seulement avec ces gens venus de loin mais aussi avec des gens bien plus proches, des environs immédiats. " En ce qui le concerne, l’important est de ne pas juger : " On a des droits mais on a aussi des devoirs en tant que citoyen. On ne juge pas les migrants, ils ont choisi de quitter leur pays pour différentes raisons. Ils sont étrangers ? Mais nous sommes tous l’étranger de quelqu’un. Moi, je ne vois que des personnes qui sont en détresse, qui souffrent. Ce que nous faisons avec les membres du collectif S13, c’est simplement de l’assistance à personne en danger. Il ne faut pas voir autre chose ."

Au niveau de la réalisation du film, Anthony et ses amis de l’atelier Découvertes artistiques restent un peu sur leur faim malgré tout : "L’association Clara a vraiment fait un superbe travail. Nous avions préparé une grosse partie dans l’atelier, notamment les questions à poser, etc. Mais nous aurions aimé participer ou du moins assister à la phase de montage. "Par contre, il n’est pas certain qu’il prendrait encore part à une telle aventure. " Je ne crois pas que je recommencerais. Ça a été une superbe expérience mais, avec notre équipe, on a envie de repartir vers d’autres découvertes artistiques. Rien n’est prévu pour le moment. Ça peut changer très vite : on lance une idée, on s’emballe et puis les idées jaillissent et ça redémarre. "

Par contre, il attend les projections et les débats avec impatience. Pour faire part de cette expérience. Et amener d’autres Anthony dans l’action.

Découvrez ici le teaser du film