Un policier namurois actif dans une zone bruxelloise pendant 15 ans, est accusé d’avoir dérobé des photos de ses proches, notamment de sa compagne, mais aussi d’inconnues, en maillot ou dans des scènes de la vie quotidienne, pour les publier sur des sites pornographiques, une fois modifiées et agrémentées de commentaires graveleux et de les avoir diffusées. Des centaines de photos de ce genre ont été publiées entre 2009 et 2017, une véritable paraphilie relative au voyeurisme. Dans certains cas, le prévenu envoyait des photos des passeports ou photos d’identité de ses victimes à ses contacts pour attester de leur identité. Le mot d’ordre du site était alors « d’humilier des connaissances ». Une victime proche, apprenant que des photos d’elle circulaient sur certains sites, s’était confiée à lui au vu de sa fonction de policier, il lui avait alors conseillé de porter plainte.

Difficile d’évaluer l’étendue des dégâts causés par le prévenu. Une chose est certaine, il a diffusé des centaines de clichés à travers 2 sites. « Dont, notamment, 30 photos de ma cliente », confiait Me Oger à l’issue de l’audience du 15 octobre dernier. « De nombreuses photos ont cependant été supprimées une fois qu’il a senti que l’étau se resserrait autour de lui, il s’est séparé de son téléphone et de son pc. »

Le policier, en aveux d’avoir utilisé les photos mais pas de les avoir modifiées, est actuellement en pause carrière et travaille dans les montagnes françaises comme bénévole. Il espère reintégrer son poste un jour. « C’était une addiction au voyeurisme, je me sentais comme un toxicomane. Je me soigne depuis lors et je suis désolé du tort et du mal que j’ai fait. »

5 parties civiles s'étaient constituées à l’audience de ce jeudi, elles réclament pour la plupart une somme de 2500 euros pour ce « viol virtuel » et mettent en avant le préjudice permanent que représente la diffusion de ces photos sur Internet par celui qu’elles considèrent comme un délinquant sexuel. Certains clichés sont toujours disponibles 8 ans après leur publication. Leur crainte, qu’elles vivent au quotidien ? Qu’elles soient reliées aux photos et que celles-ci refassent surface dans le contexte de leur vie professionnelle.

Le substitut Gaublomme réclamait une peine de 4 ans de prison assortie d’un sursis probatoire de 5 ans. « Ces faits sont horribles, le prévenu s’attribue des photos de personnes qui lui font parfois confiance pour les transformer en dégueulasseries, en faire des contenus humiliants.Les victimes vivent dans l’angoisse permanente. Dans le cadre de sa profession de policier, la confiance n’est plus possible.»

Le conseil du prévenu plaidait une mesure de suspension probatoire du prononcé de la condamnation. « Mon client conteste les montages réalisés, qui étaient effectués par d’autres. Il a lui-même signalé le problème à sa hiérarchie et a entamé un suivi psychologique. La diffusion publique était limitée à des sites de voyeurisme

Le tribunal a rendu son jugement ce jeudi : le policier est condamné à une peine de prison de 3 ans assortie d'un sursis probatoire de 5 ans.