Namur Ils se sentent épiés et manipulés : des militants namurois du PTB désertent les rangs

Malaise au sein du PTB ? Du côté de certains militants de la province de Namur, certainement. Malaise mais également peur de représailles. Au cours de cette campagne électorale, certains se sont adressés à nous mais de façon très prudente : "Ne citez pas mon nom, depuis mon départ du parti je suis déjà victime de pressions diverses" nous dit Marcel (prénom d’emprunt) et il n’est pas le seul à nous tenir ce langage.

En gros, des ex-militants reprochent surtout au parti le manque de démocratie interne comme le confirme Vincent Istasse qui a préféré prendre ses distances il y a peu : "J’étais considéré comme un simple pion seulement autorisé à appliquer strictement les directives venues de Bruxelles. Il n‘a jamais été question du moindre débat, il fallait suivre la doctrine. J’étais attiré par le programme de ce parti mais j’ai très vite déchanté tant il y a des différences entre ce qui se dit sur la place publique et en réunion. Ils veulent donner une image cool et sympa mais ce n’est que de la manipulation".

Des propos qui nous ont été confirmés à de multiples reprises. "Il y a un comité central qui décide tout et qui se place strictement dans la ligne marxiste-léniniste. Des communistes purs et durs qui veulent arriver au pouvoir mais surtout sans le partager", raconte d’autre part Marcel pour qui ces dirigeants ne sont que des intellectuels, des "fils de…" qui n’ont jamais travaillé. Un autre, Jacques (prénom d’emprunt aussi) stigmatise également le fonctionnement du parti qui veut tout contrôler : "Nos moindres faits et gestes sont épiés. Si nous écrivons quelque chose de non conforme à la doctrine du parti sur les réseaux sociaux, on nous somme de nous expliquer et on nous fait comprendre que ça ne peut pas se reproduire, parfois de façon très suggestive".

Pour lui, Raoul Hedebouw est le clown de service : "Raoul est un mec qui passe bien. Il a une bonne tête et sait parler aux gens, leur dire exactement ce qu’ils veulent entendre. Je crois que lui aussi est manipulé par la tête du parti" conclut le militant dépité.

Des militants qui se font spolier de leurs biens ? Oui, affirme le namurois Vincent Istace

Pour certaines distributions de tracts, j’ai proposé de faire du co-voiturage et j’ai amené d’autres sympathisants dans mon véhicule. C’est là que les commentaires ont commencé. Pour eux, avec ma petite Toyota hybride, j’étais en fait un bourgeois. Une opinion qu’ils ont confirmée quand ils ont vu ma maison, même si ce n’est qu’une petite unifamiliale. Mais j’ai travaillé toute ma vie pour l’acheter, ça n’a rien d’extraordinaire. Puis, rapidement, des responsables du parti m’ont demandé de leur détailler l’ensemble de mes revenus. Ils voulaient que je leur verse ceux-ci et ils m’auraient laissé ce que eux estimaient nécessaire pour moi vivre, j’ai évidemment refusé”.

Même topo pour un autre militant à qui on a demandé de fournir son avertissement extrait de rôle. “J’ai refusé de le fournir. Mon conjoint est indépendant et ses revenus ne regardent que nous”. C’est que le parti a évidemment besoin d’argent. Il y a des locaux à payer, des formations à organiser, des cadres à entretenir et tout ça coûte.

On peut comprendre le système, explique Marcel. Il est fait en sorte que ceux qui ont bien les moyens paient plus que les autres, c’est un principe d’égalité. Le seul problème c’est que les militants n’ont aucun contrôle sur ce qui est fait avec leur argent. Mais c’est vrai aussi que le parti considère que cet argent lui revient de droit et qu’il n’a pas à justifier de ce qu’il en fait”.

Il ajoute qu’à Namur, ceux qui sont à la tête ne sont pas vraiment des travailleurs. Ils dépendent souvent du chômage ou du CPAS. “Alors, quand on rencontre un sympathisant qui a quelques moyens, il faut bien le mettre à contribution. Dans un monde parfait, ce serait très bien. Mais on est loin de ça”.

Une organisation sectaire

 Parti ou secte ? Certains se posent clairement la question. Une militante se plaint : “ Je suis contrôlée sans cesse. Je ne peux pas aller où je veux, je ne peux pas parler à qui je veux. Pour eux, les membres des autres partis sont tous des traîtres et on ne peut pas les côtoyer”.

Un nom revient sans cesse : Pascal Belot, un cadre du parti. Celui-ci, selon les dires des militants avec qui nous avons discuté, passe son temps à scruter les réseaux sociaux. “Il vérifie tout ce qu’on écrit et nous rappelle à l’ordre si quelque chose ne nous plaît pas. Il vérifie également tous nos contacts et nous oblige à supprimer tous ceux qu’il considère hors de la ligne du PTB”.

Oui, on peut comparer le PTB à une secte, explique Rachid (nom d’emprunt) : “Ils ont créé une sorte de couveuse pour de jeunes universitaires ou de gens aptes, selon eux, à recevoir la formation théorique. Mais c’est en réalité plutôt un centre de transfusion. Des formateurs inculquent aux élèves ce qu’ils doivent penser, ce qu’ils peuvent dire ou pas. Et là, c’est comme dans nos réunions. Si on veut rester dans le parti, il vaut mieux ne pas poser de questions”. Mais, ajoute-t-il, “entrer au PTB est relativement facile. En sortir est plus compliqué”. LEF


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