L'ex figure de proue des Mendiants d'humanité à Namur participait au sit in contre l'extrême-droite

Une centaine de manifestants qui s'opposaient, samedi, à la tenue d'une réunion fondatrice d'un parti d'extrême droite à Montignies-sur-Sambre ont été dispersés par la police après avoir tenté d'empêcher des sympathisants de ce parti de rejoindre la réunion, indique David Quinaux, porte-parole de la police de Charleroi.

Samedi, des membres d'un parti d'extrême droite en devenir s'étaient retrouvés pour une réunion privée dans une habitation de la banlieue de Charleroi. Des manifestants antifascistes, réunis à l'invitation de la FGTB, avaient reçu l'autorisation de manifester à condition de "ne pas bloquer l'accès au bâtiment privé". Parmi eux: Ludwig Simon, ex figure de proue des Mendiants d'humanité à Namur, aujourd'hui très actif dans plusieurs organisations à Liège même s'il dit être revenu sur Namur depuis peu.

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"J'étais assis par terre. La police a chargé, m'a traîné sur la route et, comme je ne donnais pas mes mains assez vite, ils m'ont frappé a coups de bottes et de poings... Après les policiers m'ont mis dans le bus et m'ont relâché une heure après... Ca s'est passé à l'endroit où ils ont arrêté les 6 autres personnes... D'ou la confusion entre 6 et 7 arrestation administratives", nous explique le quadragénaire adepte de la désobéissance civile pacifique.

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Les images notamment diffusées par la RTBF sur Auvio laissent à penser que la manifestation est restée pacifique et certains concluent à des réactions disproportionnées de la police. Le front antifasciste de Liège et une délégation importante de défenseurs de la démocratie arborant des anoraks FGTB étaient présents dans ce qu'ils ont appelé un sit in "cool". Ils disent que leur présence était légitime dans une démocratie et n'ont pas compris la charge de la police, présente en nombre.

Les réactions des citoyens sur les réseaux sociaux se montrent aussi scandalisées car aucune provocation ni aucune attaque de la part des manifestants ne semble précéder l'usage des sprays lacrymogènes, matraques et de l'autopompe. Plusieurs personnes ont été blessées, apparemment. Les images ont été filmées du côté des manifestants et pas toujours en première ligne, étant donné les tensions et les matraques levées.

La vidéo montre des personnes globalement calmes même si l'indignation est montée et qu'elles ont crié "collabos" à l'attention des forces de police après avoir été repoussées sans ménagement et gazées. On voit à un moment l'usage d'un fumigène parmi les manifestants, ainsi qu'une poignée de personnes qui avaient la bouche et le nez protégés derrière un calicot blanc, mais les images ne permettent pas de voir la totalité des événements.

Voici les explications des autorités: "Finalement, l'accès au bâtiment a été bloqué et après quatre avertissements, nous avons dû utiliser la contrainte pour faire reculer les protestataires. Une bagarre a suivi entre les manifestants et des membres du parti et nous avons dû avoir recours à des gaz lacrymogènes", précise le porte-parole de la police.

Toujours selon la police, un groupe de six individus en treillis et muni de gants de frappe, se présentant comme anarchistes, se sont placés devant la police pour en découdre et l'arroseuse a dû être utilisée pour les disperser. La police a procédé à sept arrestations administratives, dont les six individus qui avaient provoqué les policiers.

La question de l'opinion publique est: le droit de manifester a-t-il été bafoué et la réaction de la police a-t-elle été proportionnée?

Dans une réaction sur les réseaux sociaux, Robert Vertenueil, le président de la FGTB, a "fermement condamné la violence policière intervenue ce jour contre des militants FGTB rassemblés à Charleroi contre l'extrême droite. Coups de matraques, pompe à eaux, bousculades contre des citoyens et des militants qui refusent de voir émerger l'extrême droite c'est INACCEPTABLE", a-t-il écrit.

Germain Mugemangango, porte-parole francophone du PTB, estime aussi que "la répression de la manifestation antifasciste survenue à Charleroi aujourd'hui n'est pas acceptable". "Les autorités de la Ville et le bourgmestre Paul Magnette ont choisi de protéger la liberté des fachos à se rassembler plutôt que le droit des antifascistes de manifester leur opposition à ce congrès de fondation", a-t-il encore regretté.

La Ville de Charleroi, de son côté, précise avoir donné pour mission à la police "d'éviter tout débordement". Son bourgmestre Paul Magnette (PS) a demandé qu'un rapport soit établi sur les méthodes utilisées, ajoute-t-elle.