Namur Des rapports évoquent un risque moyen à important

Après une longue fermeture de onze mois, la piscine de Mettet a rouvert ses portes en août. Mais des interrogations subsistent à propos de la sécurité de ce lieu très apprécié des Djobins. Lors du dernier conseil communal, Bénédicte Rochet (Ecolo) et Isabelle Doneux (Rops) ont évoqué le problème non sans créer une certaine tension. Des rapports ont été évoqués, émanant de l’intercommunale Igretec et de la société Vinçotte.

Un des problèmes soulevés concernait surtout la stabilité de la cuve de la piscine : le béton armé qui la soutient a été victime de carbonatation, un phénomène chimique qui attaque les matériaux. Nous avons pu prendre connaissance des rapports évoqués.

Igretec insiste sur la vérification des étançons "qui devrait être faite dès que possible puisqu’ils assurent une sécurité par rapport à des désordres peut-être importants mais non visibles en l’état. La stabilité de l’ouvrage à très court terme n’est assurée que sous réserve de la vérification des étançons".

L’entreprise Vinçotte , dans un rapport daté du 19 août 2019 se montre pour le moins perplexe. À propos de la méthodologie employée pour les travaux : "Il n’est fait aucune mention de la manière dont l’armature est préparée. Est-il prévu d’enlever la zone corrodée de l’armature, par exemple au moyen d’un sablage ? Aucune attention n’est apportée sur la teneur en chlorure du béton et sur l’implication que cela engendre sur la réparation béton."

Sur le fond : "De manière générale, nous constatons que les teneurs en chlorure au voisinage des joints de dilatation où sont survenues les infiltrations ou dans les pieds de colonnes, où les eaux infiltrées ont stagné, sont trop importantes. Le risque de corrosion des armatures du béton est donc moyen à important. De plus, au droit des réparations qui ont été effectuées, aucune anode sacrificielle n’a été placée."

Nous avons voulu obtenir une réaction de la conseillère communale Isabelle Doneux. Celle-ci  a préféré ne pas nous répondre, ne pouvant rien ajouter à ce qu’elle a dit déjà au conseil. 

Mais apparemment, ce dossier ne va pas tarder à rebondir.

Yves Delforge: tout a été réparé, la cuve est nickel

"Pas de panique !" C’est en gros le message que veut faire passer le bourgmestre Yves Delforge (Icap). "Igretec et Vinçotte prennent des parapluies pour se protéger et dans le cas présent, ce ne sont même plus des parapluies mais carrément des auvents", rigole le mayeur.

Le plus important, selon lui, est qu’il n’est écrit nulle part dans ces rapports qu’il faut fermer la piscine. "Le béton endommagé a été réparé. Ce béton est parfaitement lisse et la cuve est nickel. On ne peut pas supprimer le chlore qui a attaqué des matériaux mais il n’y a pas de danger immédiat, on parle d’une dizaine d’années. Et d’ici là, on aura pratiquement un nouveau bassin de natation."

Mais le collège ne met pas pour autant ces études de côté. Toutes les remarques émises ont été transmises au bureau d’études du "plan piscine". L’ensemble des rapports sera donc intégré au cahier des charges pour la rénovation importante de la piscine de la Tourette.

"Nous allons investir près de 4,8 millions d’euros dont 1,8 million subsidiés par la Région wallonne, comme c’est prévu dans le plan de développement régional du gouvernement wallon."

La piscine de la Tourette va donc subir une nouvelle longue période de fermeture pour une rénovation majeure. Pratiquement tout sera revu de fond en comble. On veillera à une parfaite accessibilité pour les personnes à mobilité réduite, à une moindre consommation d’énergie, à une meilleure organisation des vestiaires, etc.

Quand débuteront les travaux ? "C’est prévu pour 2021" affirme M. Delforge.

Mais il pourrait paraître un peu optimiste. D’autant plus s’il faut réaliser d’autres investigations. Parce que le rapport Vinçotte indique également : "Nous avons pu constater que le béton était contaminé par les chlorures à des endroits non réparés. Nous avons en tout cas observé cela au droit du joint de dilatation et au pied des colonnes. Il y a lieu de procéder à une campagne d’investigation globale afin de choisir le principe de réparation adéquat."

Suite, mais pas fin sous peu…

La carbonatation? On vous explique !

La carbonatation du béton est un phénomène qui dégrade les bétons armés et est notamment responsable de la mise à nu de leur armature en acier. Elle entraîne des problèmes sur la durée de vie et sur la résistance des structures en béton. Les barres d’acier gonflent sous l’effet de la corrosion et font éclater le béton d’enrobage. Les aciers sont alors mis à nu et continuent à se corroder. La présence de chlore dans l’eau des piscines, utilisé comme désinfectant, aggrave et accélère l’effet de carbonatation du béton.

Techniquement, lors du coulage du béton, le pH (taux d’acidité) est élevé, ce qui entraîne la formation d’une couche d’hydroxyde de fer autour des armatures. C’est une couche de protection qui empêche la corrosion. L’humidité, la pluie, la concentration en CO2 et la température sont autant d’éléments qui jouent un rôle important sur la vitesse de carbonatation.