Namur Une quarantaine de bateaux passent quotidiennement par l’écluse de La Plante.

La province de Namur compte quinze écluses et barrages, sur la Meuse et la Sambre. Neuf en Haute-Meuse, d’Hastière à La Plante, deux en Moyenne-Meuse qui reprend celles d’Andenne et des Grands-Malades à Jambes et, enfin, quatre sur la Sambre entre Salzinnes et Auvelais. En cette période estivale, le trafic fluvial est presque décuplé sur la Meuse. Entretien avec Alain Pascal, un éclusier passionné.

Depuis 2004, vous êtes éclusier à la Plante. En quoi consiste votre quotidien ?

"Eclusier, c’est rendre service aux usagers du fleuve afin qu’ils puissent passer le plus rapidement possible. On doit également s’assurer que les bateaux respectent l’enfoncement dans l’eau. Ici à La Plante, il est de 2,50m. Aux Grands-Malades, il est de 3m."

En cette période estivale, de mi-juin à mi-septembre, la charge de travail change t-elle ?

"On voit passer une quarantaine de bateaux par jour (environ 10 marchands et 30 de plaisance). Cette fréquentation a considérablement chuté en quinze ans. En 2003 ou 2004, on a eu une pointe journalière à 105 bateaux ! Hors période estivale, il y a cinq ou six passages quotidiens. Il est déjà arrivé qu’on en ait pas. Si la Haute-Meuse est délaissée, c’est notamment à cause de l’état du réseau français. La Sambre est bien plus fréquentée."

Le transport fluvial est pourtant intéressant…

"Oui, contrairement au transport maritime. Il est premièrement gratuit pour les navigateurs. Écologiquement, cela pollue bien moins qu’un camion. A titre d’exemple, il aurait fallu 80 camions pour transporter l’équivalent d’un chargement mis dans une péniche depuis la carrière de Lustin."

Qui dit plus de passages en été dit plus de contacts avec les bateliers…

"Oui, même si l’évolution de la profession les a diminués. Certains bateliers montent néanmoins encore dire bonjour. C’est un milieu assez fermé, ils ont un côté ours. Mais également un côté attachant quand on les connaît."

La Meuse, pour vous, est devenue une passion…

"Je suis originaire de la région liégeoise, où j’ai commencé à travailler comme ouvrier sur le canal de l’Ourthe. Au fil de ma carrière, je suis devenu garde des voies navigables. C’est là que j’ai eu un coup de foudre pour la Vallée de la Meuse et son environnement. Depuis tout petit, j’ai grandi le long de ce fleuve y compris professionnellement. Le pire est que je n’étais pas destiné à travailler dans ce domaine. Je devais être dessinateur en bâtiment."

Alain Pascal a débuté sa carrière comme éclusier alors que l’électro-mécanisation avait déjà révolutionné le système. Son collègue, Alain Briot, aujourd’hui garde des voies navigables, a lui débuté sa carrière comme éclusier sur des écluses-barrages manuelles. “Il fallait des gros bras, à l’époque !”, se souvient-il. Pour permettre le passage des bateaux, tout se faisait à la force des bras. Dans un premier temps équipés d’un gilet de sauvetage avant d’être retenus par des câbles, les éclusiers géraient le niveau de l’eau avec des aiguilles en sapin.

Lorsqu’il y avait des branches dans l’ouverture, il fallait les treuiller peu importe la météo. Pour boucher les trous, on utilisait des sacs de paille et des brouettes de cendrée. L’esprit de camaraderie était bien plus fort avant. Il y avait également bien plus de contacts avec la batellerie”, explique Alain Briot. Depuis, l’écluse de La Plante est électro-mécanisée. “Certains anciens éclusiers ont demandé à travailler dans les ateliers car ils ne voulaient pas pousser sur des boutons. Cette évolution était néanmoins nécessaire. A l’époque, il y a eu trois morts en une année : deux ici et un à Bas-Oha.

Dans les prochaines années, le métier d’éclusier subira une nouvelle évolution. Celles-ci seront en effet pilotées depuis le centre Perex, situé dans l’échangeur de Daussoulx.

S.M.