Namur Ils sont Namurois et à la rue : ils se sentent oubliés et déshumanisés.

Namur a beau être la première ville wallonne a avoir aménagé une aire d’accueil pour les gens du voyage à Lives-sur-Meuse, elle n’est pas épargnée par la grogne des Roms. Devant le refus de pouvoir accéder à cet espace avec des sanitaires en dur entre le 1er novembre et le 31 mars, ils menacent de poursuites en justice, accompagnés de leur conseil Jean-Marie Dermagne.

"Nous sommes un peuple oublié", estime Étienne Charpentier, président du Comité national des gens du voyage. Avec Ahmed Ahkim, directeur du Centre de médiation des gens du voyage et des Roms de Wallonie basé à Namur, ils déplorent que des groupes - avec des personnes âgées et des enfants - aient passé les fêtes sur le bord des routes. D’autant que les propriétaires de terrains tolèrent aujourd’hui beaucoup moins que par le passé l’installation sans autorisation en période hivernale.

"Depuis deux ou trois ans, c’est impossible de s’installer sans autorisation. Les gens du voyage se sont alors tournés davantage vers des propriétaires privés mais là aussi, les possibilités se sont réduites", regrette Ahmed Ahkim tout en menant avec le CPAS de Namur un travail de fond sur le statut des gens du voyage namurois. Ce qui n’efface en rien l’urgence de la situation actuelle.

"Des familles, qui sont pourtant de nationalité belge, sont ainsi obligées de passer la frontière pour aller notamment dans le nord de la France, où il y a des terrains ouverts en hiver", dénonce Étienne Charpentier. Ce qui explique qu’une série de menaces de blocage aient été proférées. Elles visent Namur. Pas tellement la ville, mais la capitale de la Wallonie car c’est ce niveau de pouvoir qu’ils veulent secouer. "Ce n’est pas humain de passer l’hiver sur les routes."

Pour eux, la situation est surréaliste : l’aire de Lives-sur-Meuse existe, les gens du voyage paient leurs consommations alors pourquoi ne pas les laisser y accéder ?

Selon Philippe Noël , président du CPAS, les canalisations n’ont pas été prévues pour ëtre utilisées en hiver, alors que l’eau gèle. Et il y a le problème du voisinage auquel on a promis que l’aire ne serait utilisée que quelques mois par an. Même si la ville a sorti un communiqué outré devant les menaces la semaine dernière, le climat semble aujourd’hui moins tendu et le dialogue a repris. Pas seulement avec les gens du voyage, mais avec les riverains aussi. D’autant que Jean-Marie Dermagne a entrepris des démarches plus officielles. Il a envoyé notamment à Namur et Sambreville une demande pour la réouverture des aires d’accueil en hiver. Avant peut-être, de saisir les tribunaux.

M. V.